vendredi 26 décembre 2008

On parle de nous en métropole

J'ai eu Julie au téléphone. Elle m'a demandé ce qui se passait à Mayotte car disait-elle, il n'y avait pas un jour sans que l'on parle de Mayotte aux infos en métropole. Étant fonctionnaire, tenu au devoir de réserve, je lui ai répondu qu'il ne se passait rien de plus que d'habitude et que si on en parlait un peu plus en métropole, il s'en passerait peut-être un peu moins ici. Belle réponse, adroite et économe, après quoi je l'ai invitée à lire régulièrement la Lettre de Malango dont un lien figure en haut à droite de la page d'accueil de ce blog et vers laquelle je remets un lien ici pour les plus paresseux ou pour ceux, il en existe encore, qui ne savent pas bien cliquer et le font sans discernement.

Ainsi donc si vous cliquez sur le lien ci-dessus, vous saurez ce que nous savons tous ici de la façon singulière dont sont appliquées, sur cette île enchanteresse, les lois de la République.

mercredi 17 décembre 2008

Les Africains de Mayotte


Peu avant les vacances, nous sommes allés à une fête organisée par l’amicale des Africains de Mayotte. S’il existe une fête grandement méritée, c’est bien la fête des Africains de Mayotte car être Africain à Mayotte, ce n’est pas facile.

Il n’y a pas bien longtemps, en shimaoré, il y avait deux mots pour traduire Africain: Mumurima, terme neutre qui semble être plutôt un adjectif signifiant relatif à l’Afrique (Murima) et Mushenzi qui signifie païen, esclave, vil. Voici qui en dit long sur la représentation qu’avaient, et qu’ont encore bien souvent, les Mahorais des Africains.

Ceci explique peut-être pourquoi les Mahorais ne se considèrent pas comme des Africains et n’aiment pas du tout être pris pour des Africains. Comme tout le monde, j’ai fait la gaffe le jour de mon arrivée :

-Ah ! C’est votre premier jour ? Alors, comment vous trouvez Mayotte?
- Ça me plaît beaucoup. Ça me rappelle l’Afrique…
(Aïe, j’ai dû dire une bêtise!)

Depuis j’ai souvent observé ce changement de tête, cette expression contrariée, à chaque fois qu’un nouveau venu met les pieds dans le plat en faisant un lien entre Mayotte et l’Afrique. Ici, on n’est pas en Afrique, affirme le credo mahorais.

Et pourtant je dois avouer que si j’aime tant Mayotte et les Mahorais c’est qu’ils me rappellent bougrement l’Afrique et les Africains. C’est vrai qu’il y a des différences, comme il y a de grandes différences entre un Bamiléké et un Bambara, un Camerounais et un Malien mais franchement, vu de l’extérieur, ce qui saute aux yeux, c’est l’âme africaine.

Cette âme africaine on la perçoit dans les gestes de la vie quotidienne, dans la façon, par exemple, de porter les objets les plus divers sur la tête. C'est elle qui permet de tirer un parti ingénieux des matériaux végétaux qu’une nature luxuriante produit à profusion, entre deux tempêtes tropicales. C'est elle aussi qui sait préserver l'âme de ces matériaux bruts si bien que tout semble vivant, que rien n’est jamais vraiment bien carré.



Ici, les maisons et les trop rares objets manufacturés parlent d’un âge d’or où la géométrie n’était jamais qu'évoquée, une époque bénie où le carré était allusif. Le cercle n’était encore qu’un rond tracé à la main et la somme des angles des triangles dépendait de la courbure plus ou moins prononcée de leurs côtés.

Pour revenir à mon propos et donner une idée de ce credo mahorais dont je parlais plus haut, voici un extrait d’un petit ouvrage malheureusement épuisé intitulé Les vieux, mémoire d’un pays. Ce livre, compilé il y a dix ans, est une suite de témoignages de vieux Mahorais, hommes et femmes, racontant ce qu’ils savent de l’histoire de leur île. On y trouve, pour l’histoire récente, des fragments autobiographiques et des anecdotes pittoresques mettant en lumière des événements historiques souvent peu glorieux pour le génie colonisateur. Au-delà d’une ou deux générations, cependant, la mémoire se met à tâtonner et l’histoire se teinte de mythes et de croyances.

Voici donc ce que disait, il y a dix ans, un vieux Mahorais :

Sur Mayotte, il faut savoir qu’il n’y avait pas d’habitants, comme dans les autres îles. C’est le Prophète qui a imploré Dieu pour qu’il y ait des habitants et que l’Islam se perpétue.

Et voilà les africains évacués de la scène en un tournemain. Cependant en y regardant de plus près, il me semble que c’est, là encore, l’âme africaine qui parle. Si l’on remplace sur Mayotte par À Tombouctou ou par À Bamako, et les autres îles par les autres villes, on a le début d’un conte africain :

À Tombouctou, il faut savoir qu’il n’y avait pas d’habitants, comme dans les autres villes. C’est le Prophète qui a imploré Dieu pour qu’il y ait des habitants et que l’Islam se perpétue.

C’est ainsi que parlent les âmes, par contes, par fables et par paraboles. Dans ce domaine, l’âme mahoraise est une cousine très proche de l’âme africaine.

Le vieux monsieur poursuit ainsi :

On prenait des esclaves en Afrique et on les ramenait ici. Seulement le roi était arabe. C’était un Mawana. Le dernier a été Mawana Madi qui selon les dires, fut assassiné par les Mahorais. Finalement le pays s’est retrouvé sans roi et avec beaucoup de Malgaches.




Comment voulez-vous que je n’aime pas ce pays, avec des vieux qui racontent de telles histoires ?

En fait, le peuplement de Mayotte s’est fait par vagues successives depuis l'Indonésie, l’Afrique, l’Arabie, l’Iran et Madagascar, par ordre d’entrée en scène. Sans compter les Français et les Indiens et d’autres sans doute, plus récemment arrivés. Cependant le gros de la population, ou plus exactement le gros de la masse génétique, mythologique et culturelle est d’origine africaine. Les plus nombreux ancêtres des Mahorais étaient des Bantous de l’Afrique de l’Est. La principale langue parlée à Mayotte, le shimaoré, est une langue bantoue. Le système familial dans lequel la femme est propriétaire de la maison est d’origine africaine. L’islam qui est pratiqué ici est un islam africain qui intègre de nombreux éléments animistes. Cependant, les Mahorais renient volontiers cet héritage africain et traitent souvent avec mépris les Africains qui le leur rendent bien. Ça, ce n’est ni africain ni mahorais, c’est simplement humain.

Ceci dit, les choses changent, par des chemins parfois bizarres. Ainsi le reggae qui, lorsqu’il a commencé à se faire entendre dans l’île, il y a seulement quelques années, était perçu par les pères de famille comme une musique diabolique ne pouvant mener qu’à la damnation éternelle, ce même reggae donc, est maintenant largement diffusé et pratiqué par des Rastas mahorais. C’est devenu une musique très populaire chez les jeunes. Or, il se trouve que cette musique jamaïcaine valorise sa lointaine origine africaine.

Ne connaissant malheureusement pas grand-chose au reggae dont j’ai eu tant de mal à mémoriser l’orthographe, je ne peux pas donner d’exemple attesté de cette valorisation de l’africanité. Cependant, sans aucune compétence particulière, il me semble que je pourrais inventer un morceau très acceptable avec un refrain tel que I wanna go back to Africa, yeah man, back to Africa. Rien qu’en l’écrivant, je l’entends déjà dans ma tête, et cela sonne diablement bien reggae.

Plaisanterie mise à part, ce back to Africa est en train de s’insinuer dans les jeunes oreilles qui peu à peu se font une autre idée de l’Afrique et de ses sympathiques habitants. Ceci en revanche est largement attesté par de nombreuses réactions pro africaines que j’ai pu constater dans des concerts de reggae ou à différentes occasions ou j’ai pu jouer du balafon en public.

C’est le sang qui parle. Dès qu’il entend le balafon, il me semble que tout honnête homme, qu’il soit Mahorais, Serbe ou Croate, sent monter en lui la joie empreinte de nostalgie de l’appel séculaire de la terre africaine de laquelle ses ancêtres sont sortis comme des ignames, la tête pleine de rêves.

C’était donc un soir où les Africains de Mayotte faisaient la fête. Grand banquet au Koropa-piscine.



J’avais pensé pouvoir me baigner entre les plats si le repas s’éternisait mais ce ne fut pas possible parce qu’au milieu de la piscine s’étalait une longue piste qui avait été préparée pour le défilé de mode organisé par Afrique élégance, une des trois boutiques africaines de Mamoudzou. Les deux autres sont Dogon Boutik et une nouvelle dont je ne sais pas encore le nom car elle vient juste d’ouvrir au désespoir des deux premières.




Très peu de Mahorais à cette soirée, des Africains, bien sûr, et pas mal de Mzoungous.

J’ai bien aimé le défilé de mode. Des jeunes filles dans leurs plus beaux atours qui passent comme des fées semant autour d’elles des sourires radieux, à moins d’être grincheux ou professionnel de la mode, je vois mal comment on pourrait ne pas aimer.




Après cela nous avons dansé. Là aussi je dois reconnaître que je prends autant de plaisir à danser avec les Africains qu'avec les Mahorais. Les uns comme les autres savent sans y penser donner corps à des mythes anciens qui dorment, oubliés quelquefois, aux fond des âmes mzoungoues.



Il y avait notamment un grand illuminé dans un long boubou bleu dont l’esprit était habité par je ne sais quel ancêtre impérieux. Il était accompagné d’une sorte de danseur protecteur en costume cravate qui lui ouvrait la voie et l’apaisait à l’occasion quand l’ancêtre s’emballait trop. Nous ne pouvions guère que faire cercle autour de lui et battre des mains en attendant que sa folie, apparemment sacrée, le pousse à provoquer l’un ou l’autre des danseurs. Plié en deux, il se cachait la tête sous son boubou, levait un doigt haut vers le ciel et se mettait à tourner sur lui-même. Puis il s’arrêtait et pointait son doigt d’un air autoritaire vers le premier danseur ou la première danseuse qu'il trouvait devant lui. Le malheureux ainsi désigné pouvait feindre de l’ignorer, ce qui n’était pas facile car le bougre insistait, ou alors répondre à la provocation par une improvisation dansée, souvent ahurissante.

Il y eut aussi une jeune femme, particulièrement inspirée, elle aussi très provocatrice, qui retroussait une robe pourtant déjà courte pour se livrer à des déhanchements d’une sensualité violemment affirmée. C’était en quelque sorte la version sénégalaise des mbiwi mahorais.

Ces danses effrénées ont leurs détracteurs sévères aussi bien à Mayotte qu’au Mali ou au Sénégal. Elles n’en sont pas moins pratiquées avec le même bonheur et les mêmes vertus thérapeutiques d’un bout à l’autre de l’Afrique et des îles qui la bordent.

mardi 16 décembre 2008

Marché de Noël



C'est enfin les vacances et j'ai un peu de temps pour terminer et publier des messages que je gardais sous le coude. Ils arrivent un peu en vrac sans bien suivre la chronologie. Voici ce que j'écrivais juste avant la pluie désastreuse de dimanche:

C’est la pause, entre midi et deux, sur un marché de Noël à Dapani, très loin, dans l’extrême Sud (toujours à trente kilomètres à vol d’oiseau). Le marché est presque vide, les exposants sont en train de manger. Pas beaucoup de clients. C’est le premier jour des vacances et les Mzoungous qui pourtant sont friands de marchés de Noël doivent être sur la barge, en route pour l’aéroport, destination la métropole, la Réunion ou Madagascar. Les Mzoungous, c’est bien connu, ne tiennent pas en place, c’est même chez eux une nécessité étymologique car il semble que le mot vient d’un terme swahili signifiant « passing around », terme que je me plais à traduire maladroitement « celui qui tourne en rond ». Donc, dès qu’ils sont en vacances, les mzoungous prennent l’avion.

Samedi dernier, premier samedi du mois, nous aurions pu faire un bon marché à Coconi. Les Mzoungous étaient encore là, cherchant des cadeaux à rapporter en métropole. Malheureusement il a plu des seaux et des seaux qui ont dispersé les nombreux acheteurs qui s’étaient déplacés.

Aujourd’hui, le marché de Noël est sous une sorte de hangar dont le toit de tôle résonne furieusement sous la pluie mais nous sommes au sec. Au sec mais un peu seuls. J’en profite pour écrire quelques mots.

Il paraît que la saison des pluies a commencé très tôt cette année. Il pleut tous les jours, souvent assez violemment, comme sur un coup de tête. Cela ne dure pas. Sauf, bien sûr, quand on est coincé sous un porche sans parapluie et qu’on attend que cela se calme un peu pour courir à la voiture. Là, il arrive que cela dure. Les routes en pentes sont changées en torrents avec coulées de boue et de gravats divers. On nous dit que c’est ainsi jusqu’en avril et qu’il fera de plus en plus chaud.

Mauvais temps



Très mauvais temps. Il a plu des trombes d’eau sans discontinuer dans la nuit de dimanche à lundi et tout le lundi matin. De chez nous, on ne voyait pas à vingt mètres. La rivière est montée d’un coup emportant un morceau de la route et inondant les maisons les plus basses. Un voisin a vu sa maison transformée en torrent parce qu’un rat avait fait un trou dans son mur en terre pour lui piller sa réserve de riz. Sa maison est à flanc de colline et l’eau de ruissellement s’est engouffrée par le trou creusé par le rat. Heureusement que la porte d’en face était ouverte, l’eau a pu ainsi s’écouler en traversant la maison de part en part. Nous avons passé l’après-midi à aider d’autres voisins à réparer des dégâts causés par les eaux.

mardi 2 décembre 2008

Le Mkayamba


En principe, dès qu’on entend le gabous, on entend aussi le mkayamba qui fait shikiti-shikiti-shikiti… C’est le cousin du Kayamb réunionais, en plus petit et avec des oreilles.

Comme le Gabous, c’est lui aussi un grand migrateur qu’on trouve depuis la Somalie jusqu’en Afrique du Sud sans oublier les Comores, Madagascar et la Réunion. D’après le catalogue du musée du quai Branly, il semble même qu’on en trouve également au Congo et au Cameroun mais ce n’est pas bien clair. Il se pourrait, par exemple, que tel kayamb découvert au Cameroun y ait été apporté par un voyageur en provenance d’Afrique de l’Est.

Dans ce fameux musée du quai Branly que nous avons enfin visité cet été avant de partir pour Mayotte, j’ai vu un curieux petit kayamb, le seul exposé, qui provenait de Somalie et dont voici la photo et la fiche technique telles qu’elles figurent sur le site du musée.



N° inventaire : 71.1936.52.39
Type d'objet : idiophone par secouement / idiophone / instrument de musique
Ethnonyme(s) : Somali
Toponyme(s) : Mogadiscio / Banaadir / Somalie / Afrique orientale / Afrique
Personne(s) / Institution(s) :
Précédente collection : Musée de l'Homme (Afrique)
Donateur : Marie-Edith de Bonneuil
Description :Deux panneaux composés de piquants de porc-épic posés sur des cadres de bois reliés entre eux, et entre lesquels sont emprisonnées des graines végétales.
Matériaux et Techniques : Bois, corde, piquants de porc-épic, graines
Dimensions d'encombrement (Hauteur x Largeur x Profondeur, Poids) : 2,8 x 26 x 17,3 cm, 190 g



Vous pouvez constater que les musicologues classent ces sympathiques instruments parmi les idiophones par secouement et qu’ils leur ont collé le nom générique de hochet-radeau, au risque de se fâcher avec toute l’île de la Réunion.

J’ai l’air de me moquer des musicologues, mais en fait, je les aime beaucoup et je leur dédie cette magnifique photo d’un mkayamba acheté au marché de Coconi à une marchande qui le tenait d’un artisan de Sada dont je n’ai malheureusement pas noté le nom.



Le cadre est en nervure de palme de cocotier, les parois semblent être en tiges de fleurs de canne à sucre et les graines sont de jolies graines noires et rouges appelées ici Yeux du Diable.

samedi 22 novembre 2008

Le gabous



C’est un voyage dans le voyage. C’est d’ailleurs lui-même un grand voyageur. Parti du Yémen, on le trouve partout où les navigateurs et les marchands arabes ont fait voile : le long de la côte africaine jusqu’à Zanzibar, aux Comores et à Madagascar ainsi qu’en Indonésie et en Malaisie.

Cela faisait quelque temps que j’avais un gabous en tête. J’en avais à peine touché un dans une sorte d’exposition d’instruments traditionnels. Puis un deuxième, injouable car appartenant à un gaucher qui l’avait accordé sens dessus dessous comme font certains gauchers. Puis un troisième qu’un musicien m’avait laissé essayer un soir de concert.

J’ai fini cependant par trouver le petit chemin qui monte raide dans la campagne et qui passe, l’air de rien, devant la cabane qui sert d’atelier à un musicien qui fabrique encore ces instruments qui, peu à peu, sortent des mémoires.

Au Yémen, on l’appelait qanbus (القنبوس). Pour les musicologues, c’est un luth monoxyle, c’est-à-dire que le manche et la caisse sont taillés dans une seule pièce de bois. Le manche, comme la caisse, est creusé. Il est recouvert d’une fine planchette qui sert de touche dépourvue de frettes, tandis que la caisse est fermée par une peau de chèvre qui tient lieu de table d'harmonie.



Celui que j’ai acheté est en manguier. Il est de facture sommaire mais efficace, ce qui est la norme aux Comores, alors que certains qanbus yéménites ou indonésiens peuvent être très richement travaillés. Il porte six cordes en fil à pêche, deux chœurs (cordes doubles) et deux cordes simples. Il est accordé, du grave vers l’aigu, de la façon suivante : Do-Fa-La-La-Do-Do. Il sonne de façon très agréable, comme tous les instruments à cordes doubles. La peau de chèvre doit y être aussi pour quelque chose.



Le mieux, c’est de l’écouter en cliquant ici. Vous pouvez également voir de nombreux exemples de cet instrument voyageur en téléchargeant ces deux fichiers pdf qui lui sont consacrés : http://inthegapbetween.free.fr/pierre/PORTFOLIO.pdf et http://inthegapbetween.free.fr/pierre/PORTFOLIO_part2.pdf

jeudi 20 novembre 2008

Résumé des épisodes précédents



Jour de grève. Pas la longue grève des instituteurs mahorais dont vous trouverez les enjeux bien mieux expliqués sur la Lettre de Malango que ce que je serais capable de faire. Non, juste un jour pour dire que, même du fin fond de l’océan indien, on regrette que ce soit les Américains qui aient choisi Obama.

Un jour de grève donc que je m’apprête à passer devant l’ordinateur à préparer ma classe. J’en profite pour rédiger un petit message et mettre en ligne une vidéo qui rame de façon inquiétante.

Il y a des nouvelles, mais j’en parlerai une autre fois, quand j’aurai eu le temps de traiter quelques photos et une vidéo que je n’ai pas encore filmée.

Tout ce que j’ai sous la main aujourd’hui, c’est un bout de film que j’ai réalisé avec d’anciennes photos. J’ai bricolé cette vidéo pour servir de décor animé à une pièce de théâtre que sont en train de monter des instituteurs en stage à l’IFM.

En ce moment, je travaille comme un forcené. Le stage théâtre à l’IFM avec ses montages vidéo et audio m’a fait me coucher deux jours de suite à deux heures du matin pour me lever à cinq heures. J’ai mangé le week-end à aider Fatou à tenir son stand sur un marché, bricolant la dernière bande son et gravant le dernier disque entre deux piles de basins merveilleusement teints à la main. Et, pour finir, la préparation de mes leçons d’histoire ou de sciences me jette de déconvenues en déconvenues. Tout ce que je croyais savoir en paléoanthropologie ou en phylogénétique me glisse entre les doigts avec un rire narquois.

Il n’y a plus d’invertébrés, c'est fini. Plus de reptiles non plus et le crocodile du Nil est plus proche du rossignol que du lézard vert à qui il ressemble pourtant bien davantage. Les pachydermes qui enthousiasmaient mes rêves d'enfant étaient une vue de l’esprit de même que les poissons qui en réalité englobent les groupes aussi distincts qu'inprononçables des myxinoïdes, des pétromyzontides, des chondrichtiens, des actinistiens, des dipneustes, des cladistiens, des chondrostéens, des ginglymodes, des halécomorphes et des téléostéens.

En étant logique et rigoureux, si l’on tenait à appeler « poissons » tous ces groupes, alors il faudrait appeler « poissons » les vipères à cornes, les élans du Cap et les fous de Bassan, pour ne citer que ces trois-là.

Chaque jour m’apporte son lot d’informations erronées à corriger et à reclasser dans ma pauvre cervelle fatiguée par de trop savantes lectures. Il n’y a pas cinq minutes, j’apprenais, incrédule, que le grand dauphin et la baleine à bosse que l’on voit à Mayotte sont à classer parmi les ongulés, au même titre que le chameau de Bactriane ou le zèbre de Grévy!

On comprend, devant de tels résultats, que le gouvernement rechigne à accorder des crédits aux chercheurs. D'autant que ce gouvernement semble aimer les choses simples, simples comme le tableau Rossignol où l'on voyait Charlemagne, lui-même illettré, mais ça, je l'ai appris plus tard, louant les bons élèves, placés à sa droite, et fustigeant les mauvais, à gauche bien entendu.

Ça y est, le temps de vous expliquer mon désarroi zoologique, kilo par kilo, la vidéo a fini par se mettre en ligne. C'est donc une sorte de résumé en images de trois mois de vie à Mayotte. On peut la voir en cliquant ici.

La musique qui l’accompagne est un morceau de Boura Mahiya, malheureusement décédé en 2003 dans un accident de voiture au carrefour Chirongui, alors que sa chanson la plus connue s'appelait justement Carrefour Chirongui. Voici une photo de lui, trouvée sur Internet dans un dossier pdf consacré au gabous, l'instrument dont il joue et dont je vous parlerai bientôt.


(Photo : Marc Mopty, 1998)

mardi 11 novembre 2008

Une belle innovation

Une lectrice de la Réunion, ayant appris qu'il y avait une grève des enseignants à Mayotte a pensé trouver plus amples renseignements sur mon blog. Hélas ! Le seul drapeau rouge qui y figurait était la banderole des supporters de Foudre 2000 de Dzoumogné, ce qui me valut un flot de remarques acerbes mais dont la justesse me fit néanmoins sourire.

Un autre lecteur, de Picardie cette fois-ci, s'est plaint de mon manque de ponctualité qui l'a privé, la semaine dernière, de sa lecture dominicale. J'étais en train de peiner sur un nouveau message quand j'ai reçu son mail impatient. C'est vrai que j'écris lentement et que je tape à deux doigts. Ensuite je me relis et cette relecture me plonge dans de profondes rêveries. C'est peut-être pour cela que j'écris, d'ailleurs, pour le plaisir de ces longues rêveries. Et puis il y a les photos à préparer pour qu'elles ne soit pas trop longues à charger, et bien sûr les vidéos! Aïe-aïe-aïe les vidéos, c'est là que l'on comprend ce que veut dire "la fracture numérique". Mettre en ligne des vidéos quand on n'a pas l'ADSL, cela tient du sacerdoce.

Enfin il y a le travail qui a repris. Un travail passionnant mais tentaculaire dont je vous parlerai peut-être quand je serai à nouveau en vacances. J'ai donc, pour l'instant, beaucoup moins de temps. J'ai même envisagé, presque sérieusement, d'écrire dans mon agenda : "Penser à aller se baigner."

Tout ceci m'a conduit à ajouter une belle innovation à ce blog. Vous avez maintenant sur la droite une liste de blogs ou de sites à visiter d'un clic, si vous voyez qu'il n'y a rien de nouveau ici. Vous y trouverez une foule de renseignements, d'images, d'anecdotes, d'informations et de points de vue divers concernant Mayotte.

dimanche 9 novembre 2008

Concert à Mtsanga Beach



Hier soir, concert à Mtsanga Beach. C’est un bel endroit que l’on peut louer pour toutes sortes de grandes occasions. Il y a un bar, une cuisine, un grand espace couvert pour les musiciens et une bonne partie du public, une belle plage et un grand parc dont la pelouse est taillée comme celle d’un golf, enfin, je l’imagine car je ne connais rien au golf. On peut y planter sa tente en prenant garde à ne pas s’installer sous un cocotier pour des raisons évidentes de sécurité.

Nous avons dormi là-bas car nous voulions entendre de nombreux groupes que nous ne connaissions pas encore. Nous nous étions acheté pour l’occasion une tente extrêmement prometteuse puisque le carton qui l’emballait portait en gros caractères cette curieuse mention: Erecting in a few seconds. En fait, c’était simplement un cordon sur lequel il fallait tirer pour voir la tente se déployer plus ou moins toute seule.


Le programme du concert était chargé et fluctuant jusqu’au dernier moment. Cela a duré de dix-huit heures trente jusque vers six heures du matin. Nous avons fait l’ouverture, Fatou, Jeh et moi sous le nom bambara de Tchiwara-denw, les enfants du Tchiwara. Je vous raconterai une autre fois la légende du Tchiwara. Notre prestation s’est plutôt bien déroulée, à une heure où il n’y avait pas grand monde, mais les gens qui étaient là étaient attentifs, notamment les enfants. Cela fait toujours plaisir.

Le son est souvent mauvais dans ce genre de concerts. Toujours trop fort côté public et pas assez, côté musiciens. Tout le monde le sait, mais personne ne semble faire grand chose pour y remédier.

Il y avait principalement du reggae car la soirée avait été organisée par un collectif de rastas. Il y avait aussi Lathéral, la figure emblématique du mgodro dont j’ai déjà parlé et dont voici une photo.



Les trois photos de ce message ont été prises pendant son concert. En haut, c'est Tcho, son joueur de gabous. En bas, c'est l'ambiance, côté spectateurs.
Ce coup-ci, j’ai filmé Lathéral. Pour voir ça, on clique ici.

Il y avait aussi une frénésie malgache endiablée qui a mis le feu au public du milieu de la nuit, suscitant chez les plus jeunes, les danses les plus effrontées qu’il me fut jamais donné de voir. Je me suis renseigné sur ce groupe qui n’était pas à l’affiche. C’était les musiciens malgaches de Daddy Happy, reggae man et principal organisateur de la soirée, qui faisaient du remplissage en attendant de régler un problème de sono.

-Et le chanteur, comment il s’appelle ?
-Oh, lui, c’est un des types qui ont livré la sono.

Ce type avait certainement un nom, et sans doute un nom connu dans le domaine de la frénésie malgache. Il chantait comme s’il disputait un match de catch à quatre à lui tout seul. Il semblait pourfendre des nuées de djinns qui l’assaillaient, comme elles assaillaient le public. C’était dantesque.

Pour Dante, c’est comme pour le golf, je n’ai, malheureusement, jamais lu, mais il me semble que j’imagine très bien. Cela doit ressembler, en plus moderne et en plus italien, à l’Espurgatoire Seint Patriz de Marie de France qui, je le vérifie à l’instant, est la principale source de la Divine Comédie.

Pour les djinns, je n’ai pas encore eu l’occasion de vous dire qu’ils sont très présents à Mayotte. On m’a rapporté qu’ils pouvaient vider d’un coup une classe ou même toute une école, les parents gardant les enfants à la maison jusqu’à ce qu’ils aient l’assurance que les djinns ont bien quitté les locaux scolaires. Les enfants craignent surtout un djinn à tête de vache, appelé Séranyombé qu’ils accusent de déplacer leurs cartables pendant la récréation.




Pour revenir au concert, il y avait encore un bon nombre de musiciens dont Éliasse que je n’avais jamais entendu, pas même en disque. Avec deux acolytes, ils formaient un trio : guitare, basse, percussions et trois voix finement et savamment travaillées. Cela sonnait merveilleusement bien. Malheureusement, eux ne l’entendaient pas dans leurs retours. Éliasse a demandé plusieurs fois qu’on monte ceci ou cela, puis, comme rien ne changeait, il nous a expliqué que ce n’était pas possible, que s’ils ne s’entendaient pas, ils ne pourraient rien faire de bon. Alors ils nous ont plantés là et ont quitté la scène, un peu fâchés, tout de même.

Je pense que cette attitude, qui peut paraître intransigeante, doit être ce qu’on appelle le professionnalisme, ou au moins s’y apparenter. Moi qui suis, de longue date, converti à l’esthétique des lettrés chinois, et qui cultive l’amateurisme et le détachement dans le domaine de l'art, j’ai chanté en me disant que le son était vilain, ce qui n’allait pas arranger ma voix de casserole. Côté public, j’en ai eu la confirmation ensuite, le son était effectivement vilain. Cependant l’énergie et la poésie passaient, c’est là l’essentiel, pour les lettrés chinois qui voient de l’énergie et de la poésie partout. Mais je comprends qu’il y a des musiciens pour qui l’essentiel est dans la qualité acoustique des sons produits et j’admets très bien la réaction d’Éliasse que j’espère pouvoir entendre dans de meilleures conditions bientôt car cela avait l’air vraiment intéressant.

samedi 1 novembre 2008

Mbiwi



Samedi dernier, nous sommes allés dans le Sud. On dit « aller dans le Sud » comme ci c’était une expédition. Par exemple, Il m’arrive de dire, en cherchant à fixer un rendez-vous : « Non, samedi, ce n’est pas possible, je vais dans le Sud. » Dès lors, mon interlocuteur comprend bien qu’il n’est effectivement pas envisageable de fixer un rendez-vous ce jour-là.

En fait, à vol d’oiseau, le Sud, c’est à trente kilomètres. J’imagine que par la route c’est deux fois plus long, ou peut-être un peu plus. Peu importe car en pratique, on ne compte pas en kilomètres mais en temps.

Depuis Dzoumogné, on met entre une heure et quart et une heure et demie pour aller tout au bout du Sud. On estime que cela n’est acceptable qu’à condition d’y passer la journée. C’est comme un petit voyage. De petites vacances d’un jour dans le Sud. Je suppose que pour les gens du Sud, c’est la même chose quand ils montent dans le Nord.

Nous sommes donc allés dans le Sud pour répéter avec Jeh. Voici une photo de la répétition.




Je ne connais pas grand-chose du Sud car pour l’instant nous n’y allons que pour répéter, à Kani-Kéli, juste à côté de la plage de Ngouja, la plus célèbre plage de l’île que nous n’avons toujours pas vue.
J’en parlerai donc une autre fois.

Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, ce que je veux vous raconter, c’est ce que nous avons vu en rentrant à Dzoumogné peu après la tombée de la nuit.

Grands signes d’effervescence dès que nous franchissons le pont de poutrelles qui marque l’entrée du village. Des groupes de gens partout dans la rue, marchant entre les flaques ou plantés devant leurs portes. Des enfants et des jeunes qui courent. Nous passons devant le plateau sportif. Il y a de la musique. C’est vrai, on est samedi, jour de tintamarre. Cependant, aujourd’hui pas de sono tonitruante, on dirait qu’il y a un orchestre et des mbiwi.

Le temps de rentrer à la maison et de décharger les instruments, je redescends pour voir un peu ce qui se passe.

En fait, plusieurs événements se sont télescopés. Il y a ce soir sur le plateau un concours de mbiwi dont je vous parlerai dans un instant. Il semble y avoir eu autre chose dans la journée, du genre récompense officielle, mais je n’ai pas bien compris ce qu’on me racontait dans la cohue du plateau sportif.



Cependant, l’événement majeur qui met le village en liesse, c’est la victoire de Foudre 2000. Vous vous souvenez peut-être de la demi-finale, le jour de l’élection de Miss Mayotte. Eh bien là, c’est la finale ! Foudre 2000, c’est l’équipe de foot de Dzoumogné, je l’apprends à l’instant. Elle vient de remporter la finale régionale du championnat de division d’honneur territoriale en battant Passamaïnty sur le score de 1 à 0.



Avec le bonhomme qui m’explique ça, nous nous tapons dans les mains comme si c’était nous deux qui avions marqué le fameux but.

Nous sommes arrivés après la bataille. L’exaltation est maintenant sur la pente descendante. Le village est toujours animé, mais j’imagine ce que cela a pu être. Tout le village défilant dans la rue principale, à pied ou en voiture. Des cris des chants des klaxons.

Je n’ai jamais été un grand fan de football, mais là, j’ai bien envie de prendre ma carte au club des supporters de Dzoumogné et de me procurer leur maillot rouge avec Foudre 2000 dans le dos et sur le devant : Notre force c’est la solidarité !




J’ai tout d’abord cru que c’était le maillot d’une association à caractère social ou humanitaire ou quelque chose comme ça. Vous imaginez un hurluberlu devant le Stade de France demandant aux supporters, qu’il prend pour des philanthropes enthousiastes : «Qu’est-ce que c’est que ce maillot bleu que vous portez tous ?» Je doute qu'il rencontre autant de patience que j'en ai rencontré chez les supporters de Dzoumogné.

L’étape suivante pour le club, vainqueur de toute l’île, c’est une première rencontre avec une équipe de métropole. J’espère que cette rencontre se fera ici, au plus chaud et au plus moite de la saison des pluies. Non que je veuille faire perdre les métropolitains, mais j’imagine simplement la fête si Dzoumogné gagnait.

Ce jour-là, il y avait donc également un concours de mbiwi. Les mbiwi, c’est une composante majeure de l’âme mahoraise. C’est la première image sonore que l’on découvre quand on descend de l’avion. Ka-ta-ka-ta-ka, ka-ta-ka-ta-ka, ka-ta-ka-ta-ka…

Dans la lente procession des voyageurs attendant leur tour pour montrer patte blanche à la PAF (Police Aux Frontières), ou éventuellement patte noire et passeport étranger, mais alors là, c'est plus long et nettement moins débonnaire, on entendait ce rythme. On ne voyait rien. On entendait seulement Ka-ta-ka-ta-ka, ka-ta-ka-ta-ka... Cela pouvait être le son d'un tapis mécanique en fin de vie ou une manifestation musicale. Dans le doute et par esprit partisan, j'espérais la deuxième hypothèse. Effectivement à l'extérieur du bâtiment, après la PAF, le vrai tapis mécanique et la douane, il y avait, sous un dais, un groupe de femmes entrechoquant des paires de lames de bambou pour accueillir les nouveaux arrivants.



C’est cela, les mbiwi. Ce sont ces sortes de claves plates en bambou. Ce sont, à la fois, les claves et la danse qu’elles accompagnent.

On trouvera mentionné ici ou là que cette danse est exclusivement réservée aux femmes mariées. Mes élèves m’assurent cependant que cette restriction est passée de mode depuis bien longtemps. Toutefois, cela reste une danse féminine. Les deux ou trois hommes que j’ai vus s’y risquer avaient l’air un peu pompettes, pour employer un euphémisme.



Il existe à Mayotte des danses pour la tête, des danses pour les mains ou pour le buste. Les mbiwi sont une danse pour les fesses. Les mêmes élèves, à qui je demandais les critères qu’utilisait le jury pour départager les participantes, m’ont déclaré que si le jury était masculin, il ne tenait compte que des mouvements des fesses. (Quel sexe pervers et lamentable nous formons.) Si le jury est féminin, il peut tenir compte d’autres éléments tels que la beauté des vêtements, la grâce des attitudes corporelles et mille autres choses inaccessibles à la balourdise masculine.



On peut voir un extrait de ce concours de mbiwi sur fond de victoire sportive en cliquant ici.

vendredi 24 octobre 2008

Festival Intermizik de Mayotte



Depuis la fin du ramadan, la vie nocturne a repris ses droits. Nous sommes allés assister à quelques concerts. Il y a vraiment ici des bêtes de scène, mais on voit souvent les mêmes car il n'y a pas beaucoup de musiciens à Mayotte. Les plus aventureux vont tenter leur chance à la Réunion ou en métropole. D'autres restent en faisant un autre boulot à côté comme Lathéral qui est agent technique au lycée d'Acoua.

Ils ne doivent pas s'ennuyer au lycée d'Acoua. Lathéral, c'est une institution. Il joue un style traditionnel avec des instruments traditionnels. Mais c'est surtout un chanteur (auteur-compositeur) qui peut bouter le feu, avec n'importe quelle formation orchestrale, partout où il passe. Spécialement à Acoua et à Mtsangamouji. J'aurai certainement l'occasion d'en reparler. En attendant vous pouvez aller voir son site officiel en cliquant ici.

Le FIM, Festival Intermizik de Mayotte, est l'occasion de voir et d'écouter des musiciens venus d'ailleurs, comme ces Aborigènes australiens que nous sommes allés voir mercredi. On connaît le didjeridoo et les claves entrechoquées. Bon, d'accord. Mais ces bougres-là chantaient comme des Irlandais un soir de finale et dansaient comme des dieux antiques. Barbares, mais antiques.

Je dois avoir des ancêtres communs avec ces Aborigènes car j'ai trouvé en eux des confrères qui envisagent la danse sous un angle que j'imagine assez proche du mien. Ils ont des danses narratives qui leur permettent de tout raconter : La chasse au kangourou, l'errance de l'émeu dans la brousse australienne, la conjuration d'esprits néfastes...

Il y en avait un en particulier qui m'a rappelé un des indiens du Nouveau Monde, le film de Terrence Malick. J'ai vu ce film au moins quatre fois en salle, puis je l'ai loué un bon nombre de fois et j'ai fini par l'acheter à Paris avant de venir à Mayotte.

Mon seul regret avec ce film, c'est que Jean-Mi n'a pas trop accroché. Je pense que c'est parce qu'il n'aime pas Wagner. Il doit être comme Woody Allen, quand il entend Wagner, ça doit lui donner envie d'envahir la Pologne. Or dès le début du film, on est submergé par l'ouverture de l'Or du Rhin, un mi bémol majeur qui s'égraine inlassablement comme une longue incantation obsédante procédant par vagues régulières. Et puis il y a aussi les voix off. Les deux acteurs principaux ne parlent pratiquement qu'en voix off. J'avoue que c'est particulier.

J'ai donc pensé vous montrer un tout petit extrait du Nouveau Monde vous donner une idée de la façon de danser des Australiens. C'est vraiment très court et peu significatif car on voit mal le personnage que j'avais gardé en mémoire. Quoi qu'il en soit c'est tout ce que j'ai sous la main car, pour revenir à nos danseurs, comme vous pouvez vous en douter, le temps que je reste stupéfait, que j'admire, que je pense à vous, que j'hésite à en manquer un bout pour aller chercher mon appareil photo dans la voiture, que j'aille à la voiture en courant et que je revienne, ils avaient déjà fini.

Pour voir l'extrait du Nouveau Monde, il faut cliquer ici.

Autre solution, aller faire un tour sur le site des Aborigènes en cliquant ici.

J'ai trouvé leur adresse sur Malango, le portail de l'océan indien. Un site d'information générale qui publie gratuitement en ligne un bi-hebdomadaire intitulé La Lettre de Malango auquel je m'étais abonné avant de venir à Mayotte. C'est un vrai petit journal plein d'informations sur Mayotte, les Comores, Madagascar, l'Afrique de l'Est, la Réunion... et même plus. J'y ai appris, par exemple, que Madame Konaré Ba s'apprêtait à publier à Bamako un petit livre de rappels historiques à l'attention de Monsieur Sarkozy dont le discours de Dakar a laissé insatisfaits les connaisseurs de l'histoire africaine.

Voici un lien vers La Lettre de Malango où vous trouverez un lien vers le portail.

Outre les Australiens, nous avons vu quelques bons concerts où j'ai plus dansé que filmé. Le peu que j'ai filmé n'est pas exploitable.

La photo d'en haut représente Jeh lors d'un concert de Bob Dalihou, célèbre rasta Mahorais. Avec Jeh et Fatou, nous sommes en train de mettre au point quelques morceaux que nous jouerons dans deux semaines lors d'un concert à Mtsanga Beach, une des rares scènes couvertes qui permettent de jouer au sec pendant la saison des pluies, la vraie, celle qui commence en novembre et qui a l'air d'avoir débuté si j'en crois ce que j'entends en ce moment sur notre toit. Le petit épisode pluvieux que nous avons eu précédemment n'était que ce que l'on appelle la pluie des mangues. Une pluie fort sympathique qui mène à maturité les mangues dont nous commençons à nous régaler.

lundi 20 octobre 2008

Devinette

Je regarde le monde à travers leurs longs cils. Qui sont elles ?

Pour le savoir, il faut cliquer ici.

dimanche 19 octobre 2008

Tortues


Il y a quelques temps j'ai croisé une tortue. C'était une belle grosse tortue qui a viré pour m'éviter. J'ai viré moi aussi pour nager dans son sillage. Tandis que je la suivais, elle s'est mise à décrire un grand cercle. Je n'ai pas insisté trop longtemps. Je ne voulais pas l'inquiéter. Bien sûr, je n'avais pas d'appareil photo.

Depuis, on m'a parlé de la plage de Moutsoumbatsou, peu fréquentée parce qu'il faut marcher vingt minutes à travers une forêt pentue pour y accéder. Voici la plage en question.



Dans la petite baie de Moutsoumbatsou, il n'est pas rare de voir nager des groupes de tortues. Effectivement, en haut de la plage qui est en pente, il y a de grands trous dans le sable qui témoignent du travail effectué par les tortues pour enfouir leurs oeufs. Avec un peu de bonne volonté, vous devriez pouvoir imaginer ou visualiser un de ces trous de tortues dans la photo ci-dessous.



Ce coup-ci, j'avais pris mon appareil et tout mon attirail. Malheureusement, la marée n'était sans doute pas assez haute. Elle montait pourtant, elle montait, mais pas assez. L'eau était chaude, sans doute trop chaude pour les tortues qui devaient brouter plus au large, attendant que cela rafraîchisse un peu.

L'eau était si chaude que j'ai craint pour le sac étanche dans lequel je mets mon appareil photo. Ce sac n'est garanti que jusqu'à 40°. Au-delà, le plastique se ramollit de façon inquiétante.

Vous pouvez constater que l'herbier où viennent brouter les tortues était tout à fait désert.



J'ai bien photographié quelques poissons, mais ils semblent tous se perdre dans un lointain confus. Finalement, puisant à la source du yoga qui affirme que le but de toute quête est en nous-même, j'ai réalisé une petite série d'auto-portraits en loser tropical dont je ne suis pas mécontent.

samedi 18 octobre 2008

Mzungu


Mzungu, Mzungu, j'emploie souvent ce mot sans la moindre explication. C'est regrettable. Voici pour combler ce manque quelques notes que j'avais prises peu après notre arrivée, quand nous n'avions pas encore Internet.

Mzungu, mzungu, c’est le mot qu’on entend partout dès qu’on se promène. Le Mzungu, connu et appelé ainsi dans toute l’Afrique de l’Est, c’est celui qui n’est pas du pays. Ce n’est pas tellement une question de couleur de peau. Nous avons parmi nos voisins un Mzungu algérien et un autre antillais. C’est surtout une question d’étrangéité, d’étrangeté et de porte-monnaie.

En effet le concept de Mzungu se trouve malencontreusement lié à celui d’euro. Un Mzungu, c’est bien souvent des euros à gagner. Même l’EDM (électricité de Mayotte) le sait. Ils ont un tarif spécial Mzungu pour le branchement du compteur. Ce n’est pas présenté comme ça bien sûr, simplement ils proposent un branchement dans les 48 heures moyennant quelques dizaines d’euros de plus. Il n’y a qu’un Mzungu pour accepter ça et je pense que pas un seul Mzungu, après une mauvaise nuit dans l’avion, n’envisage de prendre le tarif de base sans trop savoir quand il aura l’électricité. En tout cas nous n’avons pas fait exception.

En général le Mzungu qui vient travailler à Mayotte touche une prime rondelette qui revient à lui doubler son salaire. Tout le monde le sait. Les marchandes du marché de Dzoumogné qui ne parlent presque pas le français le savent, comme les épiciers de quartier, comme les marchands ambulants, comme les gérants de grandes surfaces ou comme tous les gens qui murmurent Mzungu, Mzungu lorsque nous pointons notre nez. Donc les prix sont multipliés par deux à mesure que le Mzungu s’approche. Franchement, c’est de bonne guerre. Dans notre cas, c’est tout de même délicat car avec mon seul salaire double, nous nous trouvons dans la situation d’un couple d’instits en voyage dans un pays où la vie est terriblement chère.



On parle donc beaucoup d’argent à Mayotte où l’on trouve de tout à toutes sortes de prix. Il y a plusieurs circuits commerciaux qui s’entrecroisent. Certains magasins sont visiblement conçus pour les Mzungu de luxe, ceux qui touchent deux salaires doubles et remplissent leurs caddies au supermarché avec la même désinvolture que s’ils étaient à leur Super U habituel. D’autres magasins reconnaissent l’existence de familles mzungu mono-salariées, d’autres sont à vocation clairement locale (ce n’est tout de même pas donné) et enfin il y a sur les marchés une foule de petits commerçants avec qui il est toujours possible et souvent agréable de discuter. Le prix ne baisse pas forcément mais on échange des plaisanteries et ça c’est vraiment inestimable.

À chaque fois que j’ai dit une blague à un facteur, à un livreur ou à un employé de la compagnie des eaux, j’ai toujours réussi à le faire sourire. C’est loin d’être le cas en métropole où mes blagues tombent en général très à plat quand je m'adresse à un professionnel dans l'exercice de ses fonctions . Je dois avoir un humour tropical. Ou alors, et c’est plutôt ce que je crains, les métropolitains ont très peu d’humour quand ils sont personnellement impliqués dans une situation drôle. Ici, jusqu’à présent, ça marche plutôt bien. Alhamdu lillahi !


J'écrivais donc ceci en août. Depuis j'ai découvert que les Mahorais étaient excédés par le coût exorbitant de la vie. Il y a eu pour cela des grèves et des manifestations. J'ai pu mesurer également une effarante disparité des niveaux de vie. On trouve des gens extrêmement pauvres et cyniquement exploités et d'autres extrêmement riches, bien au-delà de ce à quoi peuvent prétendre les Mzungu qui, même s'ils sont bien payés, restent cependant des fonctionnaires.

Pour terminer sur une note plus divertissante, voici quelques considérations grammaticales. J’écris au pluriel les Mzungu sans « s » mais non sans souffrir dans ma conscience linguistique et je crois que pour avoir l’âme en paix, je vais me résoudre d’ici peu à franciser ce pluriel et adopter la graphie Mzungus. De le voir écrit ainsi, à l’instant, cela me paraît très vilain. Peut-être vais-je oser écrire Mzoungous qui est, après tout une francisation plus cohérente, et pas si vilaine que cela, finalement. C’est le même principe qui est souvent adopté pour la translittération de [bãtu] en Bantou : les Bantous, les langues bantoues. C’est aussi le même principe qui a produit Mahorais pour rendre [maore].



Le pluriel correct de Mzungu est Wazungu mais j’y ai vite renoncé en constatant que j’étais le seul à l’employer. Tous les Mahorais, Anjouanais ou Grands-Comoriens dont j’ai épié subrepticement les usages linguistiques disent sans vergogne les Mzoungous. Peut-être que le mot, désignant les étrangers, a pris lui-même un caractère étranger et a glissé de ce fait hors du cadre foisonnant du système nominal mahorais et de ses pluriels pittoresques.

Il m’était arrivé la même chose à Pékin où je m’étais appliqué quelques jours à dire yi zhang piao (一张票)pour acheter mon ticket de métro alors que tous les Chinois disaient yi ge piao (一个票), traitant avec beaucoup de légèreté des siècles de grammaire pourtant simple et paisible.

Même avec les meilleures raisons grammaticales du monde, on ne lutte pas contre tout un peuple. En tout cas, Lao Tseu aurait recommandé de ne pas lutter.

De même si les Français ont envie d’aller au coiffeur, je peux leur conseiller d’y renoncer pendant mes heures de service. Mais guère plus.

Les photos qui illustrent assez maladroitement ce message présentent des Mzoungous jouant de la musique. Je n'en avais pas d'autres. Je ne peux tout de même pas aller photographier des Mzoungous dans la rue ou sur la plage en leur disant "C'est pour mes amis de métropole."

Sur les photos on voit Gérard et moi à la guitare et Tom au balafon ainsi que René, le meilleur bricoleur du quartier, qui m'aide à rafistoler mon arc musical.

Pour écouter de la musique mzoungoue, il faut cliquer ici.

dimanche 12 octobre 2008

Petite-Terre



Vacances, le plus beau mot de la langue française ! Du moins c'est ainsi que je le ressens quand je n'ai plus à me lever à cinq heures du matin et que je peux faire la grasse matinée jusqu'à sept heures. Le rêve. Pour fêter ça, nous somme allés sur Petite-Terre où nous n'étions jamais retournés depuis notre arrivée.



Pour y aller en voiture, il faut prendre une barge spéciale assez précieusement dénommée "amphidrôme". Ce coup-ci, mon chapeau ne s'est pas envolé. C'est un modèle musulman, mieux adapté au vent.



En route pour les plages de Moya, célèbre lieu de ponte des tortues. Ces plages sont d'anciens cratères à fond plat ce qui leur donne de magnifiques formes circulaires. Juste à côté, il faut tout de même marcher et grimper un bon moment sous un soleil redoutable, un autre ancien cratère plein d'une eau verte et sulfureuse, le Dziani Dzaha.



Un dernier coup d'oeil à la carte et c'est déjà le soir.



Retour par la barge à la tombée de la nuit.



Cela me donne envie de visiter Hong Kong.

dimanche 5 octobre 2008

La route de l'intérieur



Je suis souvent sur la route, essayant de ne pas trop regarder le paysage et de prendre garde au zébu qui pourrait traverser placidement juste derrière le virage.

J'ai appris récemment que la vitesse était limitée à 70 km/h sur toute l'île. Sage mesure mais peut-être inutile car les occasions d'atteindre cette allure ébouriffante sont assez rares. En effet, les routes sont montueuses, tortueuses et souvent déformées. En général, on roule à 60 km/h, souvent en petits (ou longs) convois car on finit toujours par rattraper plus lent que soi. Là, il faut prendre son mal en patience et pour peu qu'on soit un rien stoïque, on se console facilement en regardant le paysage. À 40 km/h, on ne craint plus grand chose. Gare tout de même au zébu, toujours possible, et à l'imprudent qui s'est imaginé qu'il pouvait doubler dans le virage puisqu'il ne voyait personne en face.

L'accident de la route est la première cause de décès de Mzungu sur l'île. Rien a voir cependant avec nos hécatombes métropolitaines. Cette statistique est d'ailleurs particulièrement trompeuse puisqu'en général, les Mzungu ne meurent pas ici, non qu'ils soient mystérieusement protégés contre les aléas de la vie, mais simplement parce qu'en cas de maladie grave ils sont envoyés à la Réunion ou en métropole.



Pour revenir à la route, les gens d'ici ont une conduite assez insouciante, parfois dangereuse mais plutôt débonnaire. Il semble qu'ils ignorent l'usage du klaxon et de l'insulte. C'est très rafraîchissant. On se cède volontiers la priorité. Pour déboîter d'une file de voitures en stationnement, il suffit le plus souvent de clignoter pour que quelqu'un vous laisse gentiment passer. Même les chauffeurs de taxis font ça. C'est dommage qu'on y pense pas en métropole parce que c'est vraiment pratique.

Cela donne en outre l'occasion de se remercier, de se faire des sourires et des gestes amicaux. Des gestes amicaux entre automobilistes, je n'avais vu ça que dans des romans de science-fiction particulièrement sombres et angoissants où le héros se débat pour échapper à un ordre social aseptisé dans lequel une sorte de bonheur mièvre est obligatoire. Rien de tout cela ici, les gens ne sont pas décérébrés, ils sont simplement gentils.

Bien sûr on peut toujours rencontrer un mufle, mais c'est rarissime. J'ai connu d'autres climats où cela semblait être la norme.



La route que je préfère est celle que je prends pour aller à l'Institut de Formation des Maîtres. C'est celle qu'on voit sur la vidéo si l'on clique ici. Elle ne paie pourtant pas de mine. On y est longtemps loin de la mer, car elle passe par l'intérieur de l'île qu'elle traverse d'Est en Ouest puis d'Ouest en Est après avoir rebondi sur la côte Ouest. Ce n'est pas la route la plus touristique de l'île, pour autant qu'il y ait ici des routes touristiques. Mais c'est une route qui a beaucoup de charme et qui est très parfumée.

On appelle Mayotte l'île aux parfums. Cela fait un peu dépliant touristique mais c'est vrai. L'air est souvent chargé de parfums, surtout d'ylang. Notamment le long de cette route de l'intérieur où des bouffées d'ylang s'engouffrent par les vitres baissées de la voiture.

C'est une route assez peu fréquentée par les taxis si bien qu'on y rencontre de nombreux stoppeurs. Les Mahorais se déplacent beaucoup d'un village à l'autre et le stop est très répandu, très digne aussi. Le stoppeur attend à l'ombre, sur le côté gauche si l'ombre est à gauche. Il prend le temps de bien regarder qui conduit, si bien que souvent son geste, assez discret, ne se déclenche qu'au dernier moment.

En général, je prends tout le monde. Je remplis la voiture comme un vrai taxi de brousse. C'est une sorte de devoir civique. Et puis c'est l'occasion d'apprendre quelques mots de shimaoré, ou de shibushi si je suis vers Akoua ou Mtsangamouji. C'est l'occasion de discuter ou plutôt d'écouter parler. Je ne parle pas beaucoup, sauf si le stoppeur ou la stoppeuse ne parle pas français.

C'est plus souvent les femmes d'ailleurs. Je pense que certaines parlent le français bien mieux que ce qu'elle laissent entendre. Elle doivent jouer à me faire baragouiner en shimaoré, jeu auquel je me prête volontiers, dans l'étroite limite de mes moyens linguistiques.

Le temps de ne rien comprendre à trois questions, d'en faire répéter deux autres, de trouver l'occasion d'utiliser mon maigre stock d'expressions courantes, de rire de mes maladresses et nous sommes arrivés.

Usushuka havi ?
Mukiri.
Mukiri dé havi ?
Vavo... Basi, kwahéri.
Kwahéri, bwéni.

Elle descend, ferme la portière et me dit au revoir d'un signe de main et d'un sourire complice et ensorceleur.

Ces apparitions du bord de la route, je les qualifierais volontiers de renardes, dans le sens chinois du terme, si j'étais bien sûr qu'on n'y voie rien de péjoratif. On trouve souvent dans les contes chinois un lettré, égaré dans la forêt et séduit par une de ces femmes-renardes, sans que le gaillard s'en trouve particulièrement mal, si j'ai bonne mémoire.

Il y a ici aussi cette ambiance de séduction qui est toujours plus ou moins présente. Souvent sous forme de jeu ou de taquinerie. Ce doit être l'ylang qui imprègne tout de son parfum subtil et capiteux.

Puisque nous sommes dans les parfums, permettez-moi pour finir de vous offrir ce quatrain extrait pour vous de Parfum exotique, un sonnet des Fleurs du mal :

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.


Qu'aurait été l'oeuvre de Baudelaire sans son voyage dans l'océan indien ?

vendredi 26 septembre 2008

Journée du Patrimoine



Dimanche dernier, c’était la journée du patrimoine. Nous sommes allés au Musée de l’ylang et de la vanille pour assister à deux concerts.

Le musée de l’ylang, comme son nom le suggère, est un très bel endroit chargé de parfums et d’histoire. J’en reparlerai une autre fois.

Aujourd’hui je ne parlerai que de musique.

Le premier concert c’était les Gonko, un groupe percutant, comme dit leur plaquette, de vingt-quatre gamins de 9 à 14 ans. Ils chantent, ils dansent et ils jouent des percus. C’est tonique, c’est propre et bien en place, et c’est drôle. Sans compter que c’est une très belle expérience pour ces gamins de milieux très modestes.

Eh oui, on pourrait croire en lisant ce blog que Mayotte est un petit Paradis, perdu dans l’Océan indien. C’est un peu plus compliqué que ça. Cependant, il est certain qu’on a ici, plus que nulle part ailleurs où j’ai pu mettre les pieds, le goût du Paradis perdu.

Certains de ces enfants, si ce n’est la plupart, sont des Anjouanais restés sur l’île alors que leurs parents ont été expulsés. Cette histoire d’immigration clandestine depuis Anjouan est la toile de fond de la vie quotidienne à Mayotte où, grosso modo, un tiers de la population est en situation illégale.

Pour se faire une idée de la complexité de la situation, on peut lire un article publié l’an dernier par un principal de collège dans une revue syndicale. Nous autres, nouveaux venus dans l’île n’aurions sans doute jamais eu connaissance de cet article si son auteur n’avait pas reçu un blâme pour l’avoir publié, ce qui est assez rare dans notre grande maison.

Alors forcément, à l’ouverture du séminaire où nous fûmes si gentiment accueillis il y avait également des syndicalistes mécontents qui protestaient contre ce blâme.

Le mieux, pour ceux qui veulent se faire une idée des frictions qui font grincer notre petit Paradis, c’est de lire le texte en question dans un esprit apaisé et dépassionné. Pour cela, il suffit de cliquer ici. (Pour lire le texte, bien sûr, pas pour avoir l’esprit apaisé et dépassionné. Ça c’est une affaire de travail personnel, pas de clic !)

Pour entendre les Gonko chanter une chanson de mise en garde contre les maladies véhiculées par les moustiques, cliquez ici. Pour les voir danser, cliquez ici.



L’autre concert, c’était Cathi Forestier et Jean-Claude Descieux, un duo guitare et chant/sax tantôt brésilien tantôt caraïbe avec de beaux textes en français écrits et chantés par Cathi Forestier qui est aussi la manageuse, si je puis dire, des Gonko et qui n’a donc pas chômé ce jour-là.

Jean-Claude Descieux, notons-le, a la particularité de jouer sur la même guitare que moi, mais il fait cela de façon plus savante. Il est prof de musique, lui aussi, prof comme la plupart des Mzungu de l’île.

À ce sujet, Fatou m’a fait remarquer : « On a rencontré des Maliens, des Ivoiriens, des Sénégalais, des Béninois, des Burkinabés, mais tous des profs ».

Pour entendre un peu de bossa, cliquez ici.

mardi 23 septembre 2008

En progrès



Ca y est! J'ai enfin réussi à prendre quelques photos sous-marines. Bon, c'est vrai qu'elles ne sont pas terribles, mais c'est un début. Mon métier est d'encourager les débuts et de les trouver prometteurs. Alors par habitude professionnelle, je m'encourage.

Ce n'est pas facile la photo sous-marine. Il faut se trouver sur le tombant vers midi quand le soleil est à la verticale et donne une bonne lumière. Donc un jour sans nuages. Il faut qu'à cette heure-là la marée soit raisonnablement haute, sinon les gros poissons ne sont pas là et on ne peut prendre que de petits poissons comme le joli bleu que vous voyez sur la photo.

Il faut arriver à manipuler la tirette ridiculement petite du zoom, à travers le sac en plastique. Là, il est clair que je n'ai pas réussi car les poissons étaient beaucoup plus près que ne le laissent supposer les photos.

Il ne faut pas non plus que la marée soit trop haute sinon c'est la galère pour retourner au rivage. Ah, c'est tout un art.




Enfin, il ne faut pas non plus qu'il y ait des vagues qui nuisent à la diffusion des rayons lumineux et qui vous jettent sur les coraux parce qu'alors là, ça fait mal.

C'est d'ailleurs ce qui a mis fin à cette première séance. Je me suis un peu entaillé la cuisse sur un très joli corail, vraiment rien de grave, mais je me suis demandé à quelle distance les requins pouvaient sentir quelques gouttes de sang (on a tous vu ça dans les films). N'ayant aucune idée de la réponse, je suis retourné vers le rivage en me disant que je m'en tirais à bon compte car j'aurais pu tout aussi bien me vautrer dans les oursins ou perdre irrémédiablement mon appareil photo au fond du lagon.

Par la suite j'ai même appris qu'il existe ici un corail appelé corail de feu qui est terriblement urticant. On bourgeonne pendant des jours et des jours.