lundi 12 janvier 2009
Dzendzé (2)
J'avais trop mauvaise conscience de ne vous avoir donné du dzendzé que la précédente vidéo qui, musicalement, ne correspond pas à la façon habituelle de jouer de cet instrument (qu'on appelle également ndzendzé). Voici donc maintenant un connaisseur. C'est d'ailleurs lui qui a fabriqué le mien, sur lequel il joue ici. Traditionnellement, à Mayotte comme dans de nombreux endroits, les musiciens fabriquent eux-mêmes leurs instruments.
Ce musicien s'appelle [kolosan]. Je l'écris phonétiquement car je ne sais pas faire autrement. Lui-même m'a déclaré s'appeler Colo Ali mais apparemment, personne ne semble le connaître sous ce nom. Tandis que [kolosan], tout le monde connaît. Il est connu comme joueur de dzendzé mais il joue aussi du gabous. Quelques mois plus tard, j'ai compris qu'il s'appelait en fait Colo Hassani, que l'on prononce généralement [kolosan] ou [koloasan].
Le dzendzé, c'est une cithare en forme de boîte à chaussures qui a des cordes sur ses deux faces principales. C'est le même instrument que le marovany de Madagascar, mais en plus petit. Ce modèle-ci est d'ailleurs assez grand pour un dzendzé mahorais.
Le nombre de cordes est variable. Celui-ci en possède huit, quatre de chaque côté. Il est accordé du grave vers l'aigu de la façon suivante: FA(gauche)- Sol(droite)- LA(gauche)- SI(droite) etc, de FA à FA en changeant de côté à chaque fois. L'ensemble est conçu pour jouer en Sol (myxolydien). Personnellement je lui aurais bien rajouté un SOL tout en haut mais apparemment il se joue comme ça.
Contrairement à tous les musiciens malgaches que j'ai pu voir, de visu ou en photo, comme sur la photo ci-dessus, prise en décembre à Tsingoni lors d'un concert donné par un groupe malgache, [kolosan] tient l'instrument avec les cordes basses (les plus longues) en bas si bien qu'il a les pouces sur les cordes les plus aiguës. Je ne sais pas si cette façon de faire lui est propre ou si c'est la règle à Mayotte. 09/05/10, un musicien malgache me signale que cette façon de faire se trouve également à Madagascar. Voir son commentaire ci-dessous.
Il est peut-être grand temps d'aller écouter ça en cliquant ici.
dimanche 11 janvier 2009
Dzendzé

Juste un petit message avant la rentrée. C’est un refrain dont je n’aurai sans doute jamais le temps d’écrire les paroles, un refrain trop las pour se chercher des couplets. Cela parle d’un type qui aurait aimé apprendre à jouer du dzendzé pendant les vacances qui ont filé comme du sable entre ses doigts malhabiles. Il a trouvé son dzendzé trop tard pour avoir le temps de bien s’entraîner et tout ce qu’il peut faire, c’est fredonner cet air empli d’une profonde nostalgie.
Quand j’aurai un peu plus de temps, je vous parlerai plus longuement du dzendzé et je vous montrerai quelqu’un qui sait en jouer. Pour l’heure, demain c’est la rentrée et j’ai mille trucs à faire comme on peut bien l’imaginer. Je vous laisse donc cliquer ici pour m’entendre bredouiller sur ce curieux instrument.
samedi 10 janvier 2009
Le mystère des mbiwi

J’ai tout de suite aimé les mbiwi. Dès la première fois à l’aéroport, quand je ne savais pas encore si j’entendais cliqueter dans le lointain un tapis mécanique à qui je prêtais des vertus musicales ou s’il s’agissait réellement de musique.
Depuis j’en ai vu et entendu souvent, toujours avec le même ravissement. Je rappelle, pour les nouveaux venus ou pour ceux qui l’auraient oublié, que les mbiwi sont des claves en bambou que les femmes entrechoquent sur un rythme particulier, toujours le même, pour accompagner des chants et des danses.

Sur cette activité exclusivement féminine, se greffent maintenant de bruyants orchestres masculins que les femmes tolèrent pour des raisons mystérieuses que je ne chercherai pas à percer dans l’immédiat.
Le mystère dont je veux vous entretenir aujourd’hui est celui de ce rythme qui me fascine depuis maintenant cinq mois. Les plus attentifs ou les plus mélomanes se souviendront peut-être que ce rythme fait ka-ta-ka-ta-ka, ka-ta-ka-ta-ka, ka-ta-ka-ta-ka…
Écrit comme ça, il n’y a rien de particulièrement fascinant. Et pourtant, derrière ce ka-ta-ka-ta-ka, il y a toute une vie qui bruisse, comme des accents qui se déplacent, c’était ma première hypothèse, un peu brute et qui n’expliquait rien. Quels accents ? et qui se déplacent comment ? Alors j’ai tendu l’oreille, j’ai observé, j’ai expérimenté, j’ai filmé, j’ai visionné et surtout j’ai trouvé des pratiquantes assez patientes pour me montrer comment elles faisaient clac-clac-clac depuis l’enfance sans même y penser.
Après m’être donc longuement penché sur la question, je suis enchanté de pouvoir vous faire part du fruit de mes recherches.
Ce qui fait la magie de ce rythme, c’est qu’on entend ka-ta-ka-ta-ka alors que personne ne joue ka-ta-ka-ta-ka. Jouer ce ka-ta-ka-ta-ka serait d’ailleurs très fatigant, surtout s’il fallait le tenir pendant les heures que durent les séances de mbiwi. Alors les femmes se partagent le travail.
Certaines font clac-clac, clac-clac, clac-clac… Ce sont les plus nombreuses.
D’autres, avec un aplomb déconcertant, font CLAC-CLAC-CLAC-CLAC-CLAC… comme un métronome à ceci près qu’elles font ce qu’on appelle en Guyane, le cheval trois pattes et que les percussionnistes mzoungous, de façon plus technique, nomment le trois pour deux. Celles-ci sont moins nombreuses. Une pour cinq ou six suffit largement pour faire apparaître le ka-ta-ka-ta-ka magique.
D’autres enfin se mettent à l’aise et dilatent l’espace et le temps en faisant d’amples Clac------Clac------Clac… C’est un rythme de soutien qui permet de se reposer un peu.
Apparemment l’ensemble se gère à l’écoute. Chacune appuie plus ou moins son rythme en fonction de ce qu’elle entend de la masse sonore. À l’occasion quelques participantes changent de rythme comme on change de position pour se délasser. Ces changements et l’équilibre instable entre les deux rythmes de base créent un mouvement permanent. Tantôt on entend davantage un rythme, tantôt c’est l’autre et tantôt ils disparaissent tous les deux en se fondant dans un ka-ta-ka-ta-ka parfait.
Voici deux représentations graphiques de cette polyrythmie. La première est une transcription classique pour ceux qui connaissent ce code bizarre qu’on appelle le solfège.

La seconde est plus accessible au commun des mortels. Les traits verticaux représentent la pulsation marquée par les pieds des danseuses. Cette pulsation se décompose en trois parties égales, matérialisées par les pointillés. Chaque petit losange représente un clac des mbiwi. Les trois lignes horizontales de losanges représentent les trois rythmes joués par les femmes. La ligne du milieu représente le fameux cheval trois pattes dans lequel, sur deux pulsations régulières les femmes placent trois clac tout aussi réguliers.

Il serait dommage de parler aussi longuement d’un rythme sans le faire écouter. Voici donc, en cliquant ici, une vidéo où l’on voit assez bien les différents rythmes de base.
dimanche 4 janvier 2009
Déba

J’ai entendu plusieurs fois dire que sur le plan culturel, il ne se passait rien à Mayotte et qu’on s’y ennuyait facilement. J’en reste à chaque fois sans voix. Il me semble que le plus souvent, l’ennui est quelque chose de très personnel, un sentiment de manque que l'on porte en soi et que l’on projette sur le monde extérieur. Je suis convaincu qu’on doit pouvoir s’ennuyer profondément au carnaval de Rio si l’on aspire à autre chose qu’à de la samba et des confettis.
À Mayotte c’est la même chose. Si vous voulez absolument la Gay Pride ou une techno-teuf vous risquez de vous morfondre amèrement et de trouver la vie culturelle singulièrement pauvre. Pourtant c’est d’une richesse incroyable. Il suffit de penser à écouter ce que l’on entend et à regarder ce que l’on voit pour ne plus avoir que l’embarras du choix.
Hier soir, il y avait un grand concert à Handréma, un village pas très loin de chez nous. Mais nous n’y sommes pas allés parce que nous avions besoin de nous reposer un peu. Cela fait un mois que nous courons de concert en concert. Alors stop, nous étions-nous dit, ce soir on se couche tôt. C’était sans compter sur un concert inattendu sur le plateau sportif en bas de chez nous. Autant dire un concert dans notre salon. Apparemment des musiciens malgaches, et des bons, ce qui est un pléonasme. J’ai pensé un moment les enregistrer depuis notre varangue pour vous faire écouter mais j’ai tellement de bouts de films, d’images et de sons en attente que j’y ai renoncé. J’ai même bien failli également me relever pour aller les voir en me disant que c’était criminel de ne pas voir ça mais mon ange gardien m’a soufflé que les criminels aussi avaient le droit de dormir.
Cet après-midi, nous sommes allés voir un déba. Ce coup-ci c’était bien un vrai déba et non un tari. Je vous redonne ce que dit mon dictionnaire au sujet du déba :
Nom d'une prière de femmes, organisée par les adeptes de la twarika Rifayi, se tenant sous une tente de toile sur la place publique. Dans chaque groupe, les femmes, parées, vêtues du même pagne, chantent des invocations à Dieu et au Prophète, dansant (debout ou assises) par simples mouvements de la tête (uBadza) ou des mains, en suivant avec ensemble des figures précises (par ex. makasi, les ciseaux).

Ces événements font partie de la vie sociale ordinaire des villages. Ils ne sont pas spécialement annoncés et on ne les considère pas comme des spectacles. J’avais été prévenu de la tenue de ce déba par Soihabati, ma collègue qui y participait. Pendant le ramadan, les femmes se réunissent pour lire le Coran en entier en se relayant. Elles gardent les dernières sourates qui sont les plus courtes, pour le jour de l'Aïd. Ce jour-là, elles sont assises de façon à former un carré. Chacune lit à son tour. Celle qui tombe sur une certaine sourate, on n'a pas pu me préciser laquelle, doit organiser un repas chez elle. Celle qui tombe pour la troisième fois sur cette sourate, il faut donc au moins trois ans, doit organiser un grand déba.
La cérémonie oublie le temps. Pendant des heures, les femmes se relaient pour chanter, jouer du tari (tambour sur cadre) et distribuer des friandises et des boissons aux participantes et aux enfants.
Avant de regarder la vidéo en cliquant ici , deux mots d’excuse : La voix de la soliste est impitoyablement massacrée par une sono douloureuse, le chœur chante heureusement sans micro. Limité par le poids du fichier vidéo, j’ai choisi un plan centré sur quelques mouvements de mains, mais il y en a plein, comme il y a aussi de légers mouvements de bustes et une longue ondulation du groupe. Enfin l’ensemble, conçu pour durer plusieurs heures, souffre nécessairement de sa réduction à 40 secondes.
vendredi 26 décembre 2008
On parle de nous en métropole
J'ai eu Julie au téléphone. Elle m'a demandé ce qui se passait à Mayotte car disait-elle, il n'y avait pas un jour sans que l'on parle de Mayotte aux infos en métropole. Étant fonctionnaire, tenu au devoir de réserve, je lui ai répondu qu'il ne se passait rien de plus que d'habitude et que si on en parlait un peu plus en métropole, il s'en passerait peut-être un peu moins ici. Belle réponse, adroite et économe, après quoi je l'ai invitée à lire régulièrement la Lettre de Malango dont un lien figure en haut à droite de la page d'accueil de ce blog et vers laquelle je remets un lien ici pour les plus paresseux ou pour ceux, il en existe encore, qui ne savent pas bien cliquer et le font sans discernement.
Ainsi donc si vous cliquez sur le lien ci-dessus, vous saurez ce que nous savons tous ici de la façon singulière dont sont appliquées, sur cette île enchanteresse, les lois de la République.
Ainsi donc si vous cliquez sur le lien ci-dessus, vous saurez ce que nous savons tous ici de la façon singulière dont sont appliquées, sur cette île enchanteresse, les lois de la République.
mercredi 17 décembre 2008
Les Africains de Mayotte

Peu avant les vacances, nous sommes allés à une fête organisée par l’amicale des Africains de Mayotte. S’il existe une fête grandement méritée, c’est bien la fête des Africains de Mayotte car être Africain à Mayotte, ce n’est pas facile.
Il n’y a pas bien longtemps, en shimaoré, il y avait deux mots pour traduire Africain: Mumurima, terme neutre qui semble être plutôt un adjectif signifiant relatif à l’Afrique (Murima) et Mushenzi qui signifie païen, esclave, vil. Voici qui en dit long sur la représentation qu’avaient, et qu’ont encore bien souvent, les Mahorais des Africains.
Ceci explique peut-être pourquoi les Mahorais ne se considèrent pas comme des Africains et n’aiment pas du tout être pris pour des Africains. Comme tout le monde, j’ai fait la gaffe le jour de mon arrivée :
-Ah ! C’est votre premier jour ? Alors, comment vous trouvez Mayotte?
- Ça me plaît beaucoup. Ça me rappelle l’Afrique… (Aïe, j’ai dû dire une bêtise!)
Depuis j’ai souvent observé ce changement de tête, cette expression contrariée, à chaque fois qu’un nouveau venu met les pieds dans le plat en faisant un lien entre Mayotte et l’Afrique. Ici, on n’est pas en Afrique, affirme le credo mahorais.
Et pourtant je dois avouer que si j’aime tant Mayotte et les Mahorais c’est qu’ils me rappellent bougrement l’Afrique et les Africains. C’est vrai qu’il y a des différences, comme il y a de grandes différences entre un Bamiléké et un Bambara, un Camerounais et un Malien mais franchement, vu de l’extérieur, ce qui saute aux yeux, c’est l’âme africaine.
Cette âme africaine on la perçoit dans les gestes de la vie quotidienne, dans la façon, par exemple, de porter les objets les plus divers sur la tête. C'est elle qui permet de tirer un parti ingénieux des matériaux végétaux qu’une nature luxuriante produit à profusion, entre deux tempêtes tropicales. C'est elle aussi qui sait préserver l'âme de ces matériaux bruts si bien que tout semble vivant, que rien n’est jamais vraiment bien carré.

Ici, les maisons et les trop rares objets manufacturés parlent d’un âge d’or où la géométrie n’était jamais qu'évoquée, une époque bénie où le carré était allusif. Le cercle n’était encore qu’un rond tracé à la main et la somme des angles des triangles dépendait de la courbure plus ou moins prononcée de leurs côtés.
Pour revenir à mon propos et donner une idée de ce credo mahorais dont je parlais plus haut, voici un extrait d’un petit ouvrage malheureusement épuisé intitulé Les vieux, mémoire d’un pays. Ce livre, compilé il y a dix ans, est une suite de témoignages de vieux Mahorais, hommes et femmes, racontant ce qu’ils savent de l’histoire de leur île. On y trouve, pour l’histoire récente, des fragments autobiographiques et des anecdotes pittoresques mettant en lumière des événements historiques souvent peu glorieux pour le génie colonisateur. Au-delà d’une ou deux générations, cependant, la mémoire se met à tâtonner et l’histoire se teinte de mythes et de croyances.
Voici donc ce que disait, il y a dix ans, un vieux Mahorais :
Sur Mayotte, il faut savoir qu’il n’y avait pas d’habitants, comme dans les autres îles. C’est le Prophète qui a imploré Dieu pour qu’il y ait des habitants et que l’Islam se perpétue.
Et voilà les africains évacués de la scène en un tournemain. Cependant en y regardant de plus près, il me semble que c’est, là encore, l’âme africaine qui parle. Si l’on remplace sur Mayotte par À Tombouctou ou par À Bamako, et les autres îles par les autres villes, on a le début d’un conte africain :
À Tombouctou, il faut savoir qu’il n’y avait pas d’habitants, comme dans les autres villes. C’est le Prophète qui a imploré Dieu pour qu’il y ait des habitants et que l’Islam se perpétue.
C’est ainsi que parlent les âmes, par contes, par fables et par paraboles. Dans ce domaine, l’âme mahoraise est une cousine très proche de l’âme africaine.
Le vieux monsieur poursuit ainsi :
On prenait des esclaves en Afrique et on les ramenait ici. Seulement le roi était arabe. C’était un Mawana. Le dernier a été Mawana Madi qui selon les dires, fut assassiné par les Mahorais. Finalement le pays s’est retrouvé sans roi et avec beaucoup de Malgaches.

Comment voulez-vous que je n’aime pas ce pays, avec des vieux qui racontent de telles histoires ?
En fait, le peuplement de Mayotte s’est fait par vagues successives depuis l'Indonésie, l’Afrique, l’Arabie, l’Iran et Madagascar, par ordre d’entrée en scène. Sans compter les Français et les Indiens et d’autres sans doute, plus récemment arrivés. Cependant le gros de la population, ou plus exactement le gros de la masse génétique, mythologique et culturelle est d’origine africaine. Les plus nombreux ancêtres des Mahorais étaient des Bantous de l’Afrique de l’Est. La principale langue parlée à Mayotte, le shimaoré, est une langue bantoue. Le système familial dans lequel la femme est propriétaire de la maison est d’origine africaine. L’islam qui est pratiqué ici est un islam africain qui intègre de nombreux éléments animistes. Cependant, les Mahorais renient volontiers cet héritage africain et traitent souvent avec mépris les Africains qui le leur rendent bien. Ça, ce n’est ni africain ni mahorais, c’est simplement humain.
Ceci dit, les choses changent, par des chemins parfois bizarres. Ainsi le reggae qui, lorsqu’il a commencé à se faire entendre dans l’île, il y a seulement quelques années, était perçu par les pères de famille comme une musique diabolique ne pouvant mener qu’à la damnation éternelle, ce même reggae donc, est maintenant largement diffusé et pratiqué par des Rastas mahorais. C’est devenu une musique très populaire chez les jeunes. Or, il se trouve que cette musique jamaïcaine valorise sa lointaine origine africaine.
Ne connaissant malheureusement pas grand-chose au reggae dont j’ai eu tant de mal à mémoriser l’orthographe, je ne peux pas donner d’exemple attesté de cette valorisation de l’africanité. Cependant, sans aucune compétence particulière, il me semble que je pourrais inventer un morceau très acceptable avec un refrain tel que I wanna go back to Africa, yeah man, back to Africa. Rien qu’en l’écrivant, je l’entends déjà dans ma tête, et cela sonne diablement bien reggae.
Plaisanterie mise à part, ce back to Africa est en train de s’insinuer dans les jeunes oreilles qui peu à peu se font une autre idée de l’Afrique et de ses sympathiques habitants. Ceci en revanche est largement attesté par de nombreuses réactions pro africaines que j’ai pu constater dans des concerts de reggae ou à différentes occasions ou j’ai pu jouer du balafon en public.
C’est le sang qui parle. Dès qu’il entend le balafon, il me semble que tout honnête homme, qu’il soit Mahorais, Serbe ou Croate, sent monter en lui la joie empreinte de nostalgie de l’appel séculaire de la terre africaine de laquelle ses ancêtres sont sortis comme des ignames, la tête pleine de rêves.
C’était donc un soir où les Africains de Mayotte faisaient la fête. Grand banquet au Koropa-piscine.

J’avais pensé pouvoir me baigner entre les plats si le repas s’éternisait mais ce ne fut pas possible parce qu’au milieu de la piscine s’étalait une longue piste qui avait été préparée pour le défilé de mode organisé par Afrique élégance, une des trois boutiques africaines de Mamoudzou. Les deux autres sont Dogon Boutik et une nouvelle dont je ne sais pas encore le nom car elle vient juste d’ouvrir au désespoir des deux premières.

Très peu de Mahorais à cette soirée, des Africains, bien sûr, et pas mal de Mzoungous.
J’ai bien aimé le défilé de mode. Des jeunes filles dans leurs plus beaux atours qui passent comme des fées semant autour d’elles des sourires radieux, à moins d’être grincheux ou professionnel de la mode, je vois mal comment on pourrait ne pas aimer.

Après cela nous avons dansé. Là aussi je dois reconnaître que je prends autant de plaisir à danser avec les Africains qu'avec les Mahorais. Les uns comme les autres savent sans y penser donner corps à des mythes anciens qui dorment, oubliés quelquefois, aux fond des âmes mzoungoues.

Il y avait notamment un grand illuminé dans un long boubou bleu dont l’esprit était habité par je ne sais quel ancêtre impérieux. Il était accompagné d’une sorte de danseur protecteur en costume cravate qui lui ouvrait la voie et l’apaisait à l’occasion quand l’ancêtre s’emballait trop. Nous ne pouvions guère que faire cercle autour de lui et battre des mains en attendant que sa folie, apparemment sacrée, le pousse à provoquer l’un ou l’autre des danseurs. Plié en deux, il se cachait la tête sous son boubou, levait un doigt haut vers le ciel et se mettait à tourner sur lui-même. Puis il s’arrêtait et pointait son doigt d’un air autoritaire vers le premier danseur ou la première danseuse qu'il trouvait devant lui. Le malheureux ainsi désigné pouvait feindre de l’ignorer, ce qui n’était pas facile car le bougre insistait, ou alors répondre à la provocation par une improvisation dansée, souvent ahurissante.
Il y eut aussi une jeune femme, particulièrement inspirée, elle aussi très provocatrice, qui retroussait une robe pourtant déjà courte pour se livrer à des déhanchements d’une sensualité violemment affirmée. C’était en quelque sorte la version sénégalaise des mbiwi mahorais.
Ces danses effrénées ont leurs détracteurs sévères aussi bien à Mayotte qu’au Mali ou au Sénégal. Elles n’en sont pas moins pratiquées avec le même bonheur et les mêmes vertus thérapeutiques d’un bout à l’autre de l’Afrique et des îles qui la bordent.
mardi 16 décembre 2008
Marché de Noël

C'est enfin les vacances et j'ai un peu de temps pour terminer et publier des messages que je gardais sous le coude. Ils arrivent un peu en vrac sans bien suivre la chronologie. Voici ce que j'écrivais juste avant la pluie désastreuse de dimanche:
C’est la pause, entre midi et deux, sur un marché de Noël à Dapani, très loin, dans l’extrême Sud (toujours à trente kilomètres à vol d’oiseau). Le marché est presque vide, les exposants sont en train de manger. Pas beaucoup de clients. C’est le premier jour des vacances et les Mzoungous qui pourtant sont friands de marchés de Noël doivent être sur la barge, en route pour l’aéroport, destination la métropole, la Réunion ou Madagascar. Les Mzoungous, c’est bien connu, ne tiennent pas en place, c’est même chez eux une nécessité étymologique car il semble que le mot vient d’un terme swahili signifiant « passing around », terme que je me plais à traduire maladroitement « celui qui tourne en rond ». Donc, dès qu’ils sont en vacances, les mzoungous prennent l’avion.
Samedi dernier, premier samedi du mois, nous aurions pu faire un bon marché à Coconi. Les Mzoungous étaient encore là, cherchant des cadeaux à rapporter en métropole. Malheureusement il a plu des seaux et des seaux qui ont dispersé les nombreux acheteurs qui s’étaient déplacés.
Aujourd’hui, le marché de Noël est sous une sorte de hangar dont le toit de tôle résonne furieusement sous la pluie mais nous sommes au sec. Au sec mais un peu seuls. J’en profite pour écrire quelques mots.
Il paraît que la saison des pluies a commencé très tôt cette année. Il pleut tous les jours, souvent assez violemment, comme sur un coup de tête. Cela ne dure pas. Sauf, bien sûr, quand on est coincé sous un porche sans parapluie et qu’on attend que cela se calme un peu pour courir à la voiture. Là, il arrive que cela dure. Les routes en pentes sont changées en torrents avec coulées de boue et de gravats divers. On nous dit que c’est ainsi jusqu’en avril et qu’il fera de plus en plus chaud.
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