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dimanche 19 décembre 2010

Voyage à Anjouan (2)

La flûte firimbi


À Mutsamudu, non loin du port, il y a une médina tissée de ruelles étroites et de siècles d’histoires. C’est une ville dans la ville, comme une longue parenthèse où le lecteur se perd inévitablement. Pour sortir de ce labyrinthe, vers midi, on peut s’aider en observant la position du soleil. Plus tard, quand le soleil ne se montre plus à la verticale des venelles, il faut se fier à ses rayons obliques qui filtrent ici ou là.

Mosquée du quartier Changoujou

Je m’y suis perdu plusieurs fois. Toujours avec beaucoup de plaisir. Il n’y a pas grand-chose à y voir que des ruelles anciennes. Quelques belles portes sculptées, des sourires étonnés, un porche de mosquée, de petites boutiques utilitaires et des Anjouanais qui passent et repassent et qui tournent à droite ou à gauche sans avoir besoin de vérifier la position du soleil. Rien d’extraordinaire, mais un charme qui m’attire. On n’y circule qu’à pied, une voiture ne passerait pas. Derrière les portes sculptées, je l’apprendrai par la suite, on trouve parfois de riches demeures de commerçants indiens installés à Anjouan depuis des générations. Mais de l’extérieur, on ne voit rien qu’un entrelacs de ruelles. Dans une de ces boutiques qui, ici ou là, occupent un rez de chaussée, celle-ci proposait de l’outillage et de la papeterie, je demandais une carte d’Anjouan. Comme il doutait fort que j’allais en trouver une dans toute l’île, le marchand m’a dessiné une carte sommaire sur un bout de papier.

Cet endroit hors du temps m’a semblé propice à la poursuite de la quête polymaniaque qui m’anime depuis la première fois à l’aéroport de Dzaoudzi, quand j’entendais les mbiwi sans les voir. Je demande donc aux passants s’ils connaissent quelqu’un qui joue de la nzumari, le hautbois des Comores qui a complètement disparu de Mayotte et dont on dit que l’on pourrait peut-être en trouver encore, parfois, à Anjouan.

La ndzumari, cela évoque de vieux souvenirs, mais personne ne connaît quelqu’un qui en joue encore. En revanche, un passant connaît un flûtiste qui n’habite pas très loin et qui justement vient vers nous. Les présentations faites, le flûtiste envoie un ami chercher sa flûte chez lui et s’installe devant le porche d’une mosquée, au croisement de deux ruelles où deux portefaix manoeuvrent avec peine leurs chariots à bras chargés de petits bidons d’essence ou de pétrole.


Moulé, le musicien, a bien voulu que je le filme et ses amis se sont serrés contre lui pour apparaître sur le film et pour chanter. Il joue en souffle continu. On voit bien sur la vidéo ses joues qui se gonflent et se dégonflent. Ce sont des mélodies profanes anjouanaises ou des airs religieux que reprennent en chantant ses amis. De longues phrases savamment ornées. Sa flûte, c’est lui qui l’a fabriquée, dans un tube de PVC.

Quand il a fini de jouer. Je lui demande s’il peut m’en fabriquer une. Il me donne la sienne, simplement, en refusant que je la paye.

Imrane Ahmed, dit Moulé

Cette flûte, à Mayotte, on l’appelait firimbi. Elle était principalement jouée par les Anjouanais. Dans le DVD Île de Mayotte, musique, danse et instruments traditionnels édité par le Pôle régional des musiques actuelles de la Réunion, on voit Ahmed Abdou, un des derniers flûtistes de Mayotte, les images datent de 2007. Lors de la journée du patrimoine, dédiée aux arts, j’ai appris qu’il avait été expulsé vers Anjouan.

Un clic pour voir la vidéo

mardi 31 août 2010

Cent pour cent gaboussi

Si j’en crois Blogger, ce message est le centième de ce blog. La centième image de Mayotte que je lance dans ce réseau électronique tentaculaire qui réconcilie le 21e siècle avec la science-fiction. Il en avait bien besoin, le 21e siècle, car côté machines incroyables et voyage dans l’espace, cela laisse à désirer et c’est bien loin en dessous de ce qu’on m’avait annoncé quand j’avais dix ans. On m’avait tout de même parlé des ordinateurs, c’est vrai, mais ce n’était encore que de grandes armoires, froides et peu enthousiasmantes. On n’imaginait pas ce qu’ils allaient devenir. C’est vraiment Internet qui a sauvé l’an 2000 d’un lamentable flop.

Me voici donc, internaute post-futuriste, à l’aube d’écrire mon centième post depuis cette petite île de l’Océan Indien que je sillonne en tous sens depuis un peu plus de deux ans. De quoi vais-je bien pouvoir vous entretenir ? Je sens nettement que pour une centième édition, il faudrait quelque chose d’assez exceptionnel. Si nous avions eu des extra-terrestres, par exemple, cela aurait été parfait.

Faute d’extra-terrestres, je pourrais vous parler du côté sombre de Mayotte, de sa part d’ombre, mais je crois que, où que vous soyez dans le monde, vous êtes amenés à côtoyer des êtres humains et vous savez donc ce que c’est qu’un être humain qui a un peu plus de pouvoir que son voisin. Vous imaginez bien qu’il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement ici, quelle que soit la clémence du climat et l’amabilité remarquable des insulaires.

Finalement, je reviendrai à mes vieilles habitudes. Il sera donc à nouveau question de morceaux de bois, de fil de pêche et de peaux de chèvres car figurez-vous que je suis en train de monter un nouveau blog, joliment intitulé « Carrefour Chirongui », lequel est lié à une nouvelle chaîne sur You Tube, gaboussi976. L’ensemble vise à transmettre aux amateurs de ce genre de choses les connaissances que peu à peu j’acquiers sur l’art joyeux de faire sonner le gabusi. C’est donc un blog 100 % gabusi, avec des vidéos, des explications techniques, des partitions et des tablatures.

Il n’y a pas encore beaucoup de matériaux, mais j’y travaille petit à petit.

Soundi accordant un gaboussi

« Carrefour Chirongui », c’est le titre d’une chanson célèbre de Boura Mahiya. Toutes proportions gardées, cela doit sonner dans l’imaginaire mahorais comme « Cross Road Blues» dans le monde du blues américain, avec l’ombre de Robert Johnson dans le soleil couchant car malheureusement, Boura Mahiya a succombé à un accident de la route à ce fameux Carrefour Chirongui qui avait fait sa renommée.

lundi 21 juin 2010

Pour faire un dzendzé (recette historique)

Colo Hassani

Marcher le long de la rivière en guettant les bambous
En trouver un qui soit de belle taille et le couper en disant les paroles rituelles
Tailler dans ce bambou un bon morceau dépassant d’une main de chaque côté la longueur d’un entre-nœud
Entre les deux nœuds, pratiquer dans le sens de la longueur une fente étroite qui laissera librement sortir le son

Puis, avec un couteau bien affilé, soulever de longues et fines bandes d’écorce
Bien vert le bambou et précis le couteau
Sous chaque bande, glisser deux petites cales taillées dans des éclats de calebasse
Laisser sécher, longtemps

Quand les bandes d’écorce sont bien sèches, les faire vibrer du bout des doigts de façon à éveiller des échos joyeux au fond de l’âme
Déplacer les petits chevalets en fragments de calebasse jusqu’à obtenir des sons qui se marient bien
Attendre patiemment que doigts et cordes de bambou se soient mutuellement apprivoisés

Laisser passer ainsi des siècles de mystères
Puis, embarquer pour un très long voyage
Voguer longtemps sur l’océan jusqu’à atteindre, un jour, la Grande Île
Débarquer sur l’île avec le bambou musical sous le bras
Laisser passer encore des siècles

Avoir un jour l’idée de remplacer les cordes en écorce soulevée par des cordes en acier
Laisser le cœur bondir de joie en entendant cette cascade cristalline
Un autre jour, imaginer que l’on pourrait remplacer le bambou par une caisse en bois, pratique et prosaïque

Fabriquer ainsi un petit instrument propre à être transporté sur une pirogue afin de charmer les djinns de la mer et de s’assurer une bonne pêche

Pêcheur à Tanaraki

Voguer dans la pirogue entre écume et miroitements
Chanter les airs qui plaisent aux djinns tandis que les doigts courent sur les cordes de la petite cithare

Voguer ainsi jusqu’à la plus proche des Îles-sous-la-Lune
Lentement, avec mille précautions, accoster en frôlant les coraux
Entendre le sable crisser sous la coque étroite de la frêle embarcation et débarquer le cœur léger, l’instrument sous le bras.
Il n’y a pas encore de contrôles aux frontières mais les temps sont tout de même incertains
Il y aura des batailles et des massacres
Essayer de ne pas se faire attraper par les aléas de l’histoire

Laisser passer encore un peu de temps, juste quelques siècles et tout est prêt.

Les Mahorais l’ont appelé dzendzé cette petite cithare qui a tant voyagé depuis les bambouseraies d'Indonésie et de Malaisie pour arriver à Madagascar puis à Mayotte

Quand ils en jouent sous les manguiers aux heures chaudes de la journée
Vos yeux glissent dans un sommeil trompeur et les djinns fatigués font de l’auto-stop
Si l’on a eu le malheur de les faire monter dans la voiture, on peut résister à leur discours fallacieux en n’entrant qu’à peine dans la conversation sous prétexte de bien se concentrer sur la route qui peut être dangereuse avec ses virages et ses zébus. Il me semble que la mention du zébu a un effet apaisant sur certains djinns.

Quand les Mahorais jouent du dzendzé la nuit sous la pleine lune
Les djinns se mettent à danser et le poids de la vie semble s’équilibrer avec le poids de la mort si bien que tout le monde respire, allégé pour un temps.

jeudi 6 mai 2010

Shigoma

Les rois de l'azur, princes des nuées


L’espèce humaine, dans son ensemble, est fatigante. N’importe qui, possédant un peu de réalisme et de bonne foi, vous le dira : l’homme est un fardeau pour l’homme. Ceci étant posé, force est de constater que l’âme humaine, dans son ensemble également, est cependant sporadiquement traversée d’éclairs de génie.

Le shigoma, c’est un de ces éclairs de génie de l’humanité. C’est à la fois une danse collective et un chant responsorial. C’est une cérémonie gaie, solennelle et chargée de mystère. C’est la grandeur des Mahorais.

Un éclair de génie

Plutôt que de tourner autour du pot à coups de phrases décousues, il vaudrait peut-être mieux que je décrive ce que j’en ai vu.

Pour danser le shigoma, il faut une grande occasion et une place publique. Il faut aussi un orchestre composé de trois ngoma (tambours à deux membranes) et d’un garandro (tambour métallique, souvent un tambour de machine à laver).

Joueurs de ngoma

Un des ngoma ne joue pratiquement que la pulsation. On l’appelle msindriyo. Un autre développe des cellules rythmiques très variées. On l’appelle fumba. Le troisième est un dori. Il est plus long et plus étroit. Il joue le thème rythmique principal et ses variations qui viennent s’entrecroiser avec celles du fumba.

Joueurs de ngoma

Le décor étant posé et l’orchestre ayant commencé à jouer, les danseurs s’avancent en une longue et lente procession. Autrefois, il n’y a pas bien longtemps, le shigoma était une danse d’hommes. Aujourd’hui, des femmes y participent. Les danseurs sont sapés comme des ministres et les danseuses comme des reines.

Ils avancent en chantant. Leur chant répond au soliste et au chef de chœur qui évoluent à l’intérieur du cercle ou du rectangle décrit par la procession. Ils progressent lentement, légers et majestueux. Ils prennent dignement le temps de faire le tour complet de l’aire de danse. Il s'agit une danse de prestige. Le moindre geste est un témoignage de l’élégance et de la noblesse du danseur qui le fait pourtant modestement. Le jeu veut qu’il se montre à son avantage avec son écharpe, accessoire indispensable, qu’il tient légèrement du bout des doigts. Il le fait gracieusement, le sourire aux lèvres.

Les mouvements d'ensemble sont réglés par le sifflet

Un des danseurs porte un sifflet. Il lui échoit le rôle prestigieux de donner les signaux qui vont déclancher telle ou telle variation dans les pas ou les attitudes des danseurs. On comprend qu’il y a eu derrière tout ceci de nombreuses répétitions.

Sifflet

Une fois le tour effectué, les danseurs s’installent sur un demi-cercle ou un U et continuent à danser et à chanter sur place. Deux ou plusieurs paires de danseurs s’avancent alors au milieu de l’espace libre et font toutes sortes de figures. C’est aussi le lieu de civilités codifiées. Une femme, par exemple, éponge le front d’un danseur … Une autre étale par terre une belle pièce de tissu dont la fonction symbolique reste pour moi assez mystérieuse… Et puis, d’un coup, en mesure et bien calés sur les ngoma, les voici qui font mine de s’effondrer, accroupis, le buste bien droit. Ils remontent aussitôt, puis retombent en suivant un rythme précis.

Danse

Et puis cela s’arrête. Il y a une phrase particulière donnée par les tambours, ou alors c’est le texte du chant, ou les deux. Vu de l’extérieur, pour le mzoungou de passage, tout le monde s’arrête en même temps sans grande raison apparente.

C’est là que je mesure le fossé culturel qui me sépare de mon environnement mahorais. Je vois venir de loin la fin d’une chanson ou d’une symphonie, mais pour le shigoma, il faudra que j’en voie encore beaucoup avant de comprendre comment cela fonctionne. Pour l’instant, tout ce que je vois, c’est que d’un coup le bel agencement se disloque. Les hommes sortent une cigarette et ça discute dans tous les coins jusqu’à ce que les ngoma lancent un nouveau morceau. Chaque morceau dure environ une demi-heure.

jeudi 22 avril 2010

M'godro Jazz


Pour la deuxième fois nous avons eu la visite du trio de jazz qui était venu l’an dernier (Raphaël Dumont : saxophones et clarinette basse, Simon Postel : batterie et François Thuillier :Tuba) Super !

Trio et François Thuillier

Cette année, pas d’avion en retard ni d’instruments perdus donc pas de tuba manyényé. En revanche, au retour, pas d’avion pour les musiciens coincés à l’autre bout du monde à cause des cendres projetées par un volcan islandais.

Simon Postel

Comme l’an dernier, ils ont accompagné la chorale de M’gombani. On peut voir deux extraits du finale de ce concert (M’godro révolution de M’toro Chamou) en cliquant sur les liens ci-dessous.

François Thuillier et la chorale de M'gombani

Chorale (1)




Chorale (2)


Le lendemain, ils ont donné un concert au 5/5. Le trio seul en première partie, exceptionnel mais un peu court. En deuxième partie, diverses combinaisons avec des musiciens du cru : Abou Chihabi, Éliasse, que je n’ai encore pas pu filmer, Lathéral et Trio.

Raphaël Dumont et Abou Chihabi

La mayonnaise a remarquablement bien pris comme vous pourrez le voir sur les vidéos. Le lendemain, il y avait le même concert (sans doute plus long) à Ambato.

Abdallah et Éliasse

J’y serais bien retourné, mais en ce moment j’ai beaucoup de travail et il y avait également une soirée de shigoma le surlendemain que je voulais filmer.

Le shigoma, j’espère pouvoir vous en parler bientôt.


François Thuillier


Raphaël Dumont


Trio


Abou Chihabi

jeudi 4 mars 2010

M'godro butikini (M'godro à la boutique)

Komo au gaboussi et RFO au m'kayamba

À Cavani, il y a une boutique qui vend des boîtes de sardines, des boissons fraîches, des cigarettes au détail, peut-être de la lessive et plein d’autres bricoles dans ce genre, je ne sais pas. Moi, ce qui m’intéresse dans cette boutique, c’est les boissons fraîches. En ouvrant les frigos, je choisis au toucher la boisson en fonction de sa fraîcheur. Je prends celle qui est dans le frigo depuis le plus long temps. Si c’est le Coca qui est frais, je bois du Coca, si c’est l’eau, je bois de l’eau.

Des boutiques comme celle-là, il y en a d’autres à Cavani, comme il y en a beaucoup d’autres partout à Mayotte. Mais celle-ci est particulièrement sympathique. Elle est un peu surélevée par rapport au niveau de la rue et possède une varangue tout en longueur. Une sorte de balcon couvert entouré de grilles, avec deux chaises et une sorte de téléphone qui à l’air d’être public.

Je n’ai jamais vu personne utiliser ce téléphone. Ici, tout le monde a un portable. Pas toujours du crédit, mais toujours un portable.

Devant la boutique, donc en contrebas, il y a un baby-foot où s’affairent des garçons insouciants. Je ne me suis pas renseigné, mais il me semble que les parties sont gratuites. Je n’ai jamais vu personne mettre une quelconque pièce dans la fente.



Hier, j’ai trouvé par hasard deux musiciens installés sous la varangue. Un joueur de gaboussi et un joueur de m’kayamba. C’était vraiment très sympathique. Il y avait des clients qui s’attardaient et accompagnaient la musique en battant des mains ou en improvisant des contre-chants à la mahoraise.

J’avais bien sûr des choses urgentes à faire, mais de telles occasions ne sont pas si fréquentes et qui sait ce que nous réserve la vie ? Alors je me suis attardé à la boutique moi aussi, puis j’ai fini par aller chercher mon gaboussi et ma caméra. Si bien que si vous cliquez sur le logo You Tube, vous verrez Komo et RFO en concert improvisé.


Komo et RFO devant une boutique à Cavani


Et si vous cliquez sur la photo ci-dessous, vous m’aurez en prime en vidéo.



Si vous êtes à Mayotte, vous pouvez entendre Komo et d'autres musiciens le vendredi soir et le samedi soir au Goûts des îles. Un nouveau restaurant de Cavani qui a remplacé le Vahiné. Le cuistot vient de la Réunion, on le voit tout de suite à sa façon de jouer du kayamb. Ce n'est pas cher et ils ont l'air accueillant. On me dit que c'est bon, tant mieux car je compte y manger dès que possible.

mercredi 10 février 2010

Proverbe mahorais

Hazi ya m’zungu ka ikomo.

(Le travail du mzoungou est sans fin.)

Voici un proverbe mahorais que je ne ferai malheureusement pas mentir. Entre un boulot très prenant et des recherches personnelles qui me conduisent par monts et par vaux, je ne vois pas passer les saisons. Les flamboyants étaient en fleurs, je n’ai pas réussi à vous en parler. Ni l’an dernier ni cette année. Et la saison des mangues qu’on avait attendue avec impatience. Et celle des ananas. Pas un mot de ces merveilles dans ce blog où il n’est apparemment question que de musique. Il est vrai qu’avec les noyaux de mangues, certains fabriquent des sortes de masheve particulièrement sonores.

Flamboyant en fin de floraison, Jour de l'an 2010

Il faudra qu’un jour je vous parle des mangues et des manguiers, des baobabs, bien sûr, des pommes cannelle, des ananas ou des jaques...

Le jaque à lui tout seul m’inspirerait des pages stimulantes. J’espère trouver un jour le temps de les écrire. Mais, comme vous le savez maintenant, hazi ya m’zungu ka ikomo.

lundi 1 février 2010

Concert à l'IFM

Jimmy, chant et gaboussi

À l’Institut de Formation des Maîtres (IFM), il y a, depuis cette année, une association culturelle et sportive. Elle s’appelle Hippocampus car Mayotte a plus ou moins la forme d’un hippocampe quand on la regarde de l’espace, ce qui est assez rare, ou sur Google Earth, ce qui est tout de même plus pratique. L’hippocampe est ainsi devenu un des nombreux symboles de cette île sur laquelle il est si facile de projeter toutes sortes de fantasmes.

Cette nouvelle association Hippocampus propose régulièrement concerts et conférences. C’est dans ce cadre que j’ai animé une conférence sur les instruments mahorais. Cette conférence devait être suivie, le jour même d’un spectacle de danses traditionnelles et d’un concert de Jimmy, le Jimmy de Chiconi, celui avec qui Lathéral a fait son avant dernier disque. Il est assez peu connu des mzoungous et c’est bien dommage.

Racine de Tsararano

Malheureusement, la route du sud, celle qui dessert l’IFM est fermée le soir pour cause de travaux. Si bien que spectacle et concert ont été repoussés au samedi soir suivant, avant-hier donc, car les travaux cessent pendant le weekend.

Ce soir-là, il y avait des concerts intéressants un peu partout dans l’île. Nous craignions donc d’avoir peu de public, mais finalement cela c’est bien passé.

Racine de Tsararano avait sorti son garandro en tambour de machine à laver que vous entendrez en cliquant sur ce lien vers You Tube.

Racine de Tsararano



Colo Hassani au ndzendzé

Nous avions invité Jimmy en petite formation acoustique : Jimmy : gaboussi et chant, Colo Hassani : ndzendzé, Iboura : mkayamba et chant, Boili : ngoma et Laglace : chant. Ils avaient donc laissé pour la soirée basse et batterie à Chiconi. L’ensemble était bien sonorisé. C’était une bonne occasion pour s’essayer aux danses mahoraises, collectives et théâtrales à souhait, comme je les adore.


Jimmy et son groupe

vendredi 29 janvier 2010

Leobartox

Chaîne de Leobartox

Voilà vingt jours que je n’ai rien écrit sur ce blog. J’ai beaucoup travaillé à mettre au point une conférence sur les instruments des musiques traditionnelles mahoraises. Maintenant que j’ai donné cette conférence, je peux souffler un peu et reprendre le fil de mon monologue électronique.

Ma chaîne sur You Tube se développe tranquillement. Elle contient maintenant une trentaine de vidéos musicales mahoraises.

Une de ces vidéos, le long voyage du gaboussi, a assez intéressé un You Tubeur pour qu’il s’abonne à ma chaîne. Du coup, je suis allé voir qui était le You Tubeur en question et je suis tombé sur une mine de vidéos.


Aperçu des favoris de Leobartox

Il faut savoir qu’il y a deux sortes de You Tubeurs : Le You Tubeur de terrain qui est toujours sur la brèche, caméra en main, et le You Tubeur compilateur qui, comme son nom le laisse supposer, compile, en fonction de ses propres critères, les vidéos mises en ligne par les You Tubeurs de terrain. Il peut être lui aussi toujours sur la brèche, mais il l’est devant son écran.

Celui dont je vous parle est un compilateur. Il se fait appeler Leobartox et semble opérer depuis l’Italie. Il propose sur You Tube une très large compilation de vidéos tournant autour de la grande famille des luths et de ses sympathisants. L’ensemble est surtout focalisé sur le Proche-Orient et l’Asie Centrale, mais on y trouve aussi le pipa chinois, les tabla indiens et Miles Davis (il faut chercher dans les favoris).

Dans cette superbe collection, j’ai trouvé une vidéo publiée par l’UNESCO sur le chant de Sanaa (accompagné au qanbus qui est le cousin, ou plutôt le grand oncle, yéménite du gaboussi mahorais). Elle est en anglais, mais on peut la trouver en français grâce aux liens que propose You Tube. Voici ci-dessous la version française de cette vidéo, ainsi qu’un lien vers la chaîne de Leobartox.


Le chant de Sanaa


Chaîne de Leobartox

samedi 9 janvier 2010

Instruments mahorais (le site)


Extrait de la page d'accueil

À force de lire ce blog, vous devez commencer à vous y connaître en instruments mahorais. Mais le baragumu, par exemple ? Ça ne vous dit rien, j’imagine. Vous aimeriez sans doute bien voir à quoi cela ressemble et comment cela sonne.

Conscient que cette frustration devait tarabuster les plus mélomanes d’entre vous, j’ai passé ces longues vacances que nous avons pour Noël à compiler tout ce que j’ai pu écrire sur les instruments mahorais. J’ai écrit quelques nouvelles notices et j’ai rajouté des vidéos sur You Tube. Enfin, j’ai organisé l’ensemble pour former un site entièrement dédié aux instruments de musique de Mayotte. Voilà ce qui manquait sur le Net.

Extrait de la page des idiophones

Après, j’ai peiné à le mettre en ligne et n’y serais sans doute pas parvenu sans l’aide d’un collègue que je tiens pour un génie de l’informatique et qui, grâce à une série de mails judicieux m’a expliqué comment ruser avec l’hébergeur qui s’obstinait à trouver une erreur de syntaxe dans l’honnête charabia que je lui avais envoyé.

Je ne sais pas comment cela fonctionne dans le reste du monde, mais à Mayotte les pages sont très longues à charger. J’ai pourtant bien compressé les photos, mais il y a certainement quelque chose à faire. Il faut que j’étudie la question avec mon collègue génial.

Extrait de la page des cordophones

En attendant, si vous habitez Mayotte et que vous voulez voir ce site, ce qui est une très bonne idée, il vous faut tout d’abord vous préparer mentalement, respirer profondément, lentement et sans forcer, en esquissant un léger sourire plein de compassion. Si la compassion est hors de portée, vous pouvez teinter votre sourire d’indulgence, si cela vous aide à rester calme.

Extrait de la page des idiophones

Ensuite, il faut vous persuader soigneusement que cela marche très bien, mais que c’est juste un peu long. Il faut donc aussi vous persuader, avec toujours un léger sourire, que vous êtes très patient, vous êtes même l’être le plus patient de la terre, ce qui n’est pas loin d’être vrai si vous arrivez à me lire. En fait, vous êtes la Patience incarnée. Vous êtes entièrement détaché de la tyrannie du temps linéaire comme de celle du temps cyclique. Détaché de toutes les formes de temps que vous pouvez imaginer. Alors il est vraisemblable que, derrière le voile des illusions, vous perceviez la vacuité de toute chose et que vous entendiez s’élever comme une évidence le son du baragumu

Écrire ces quelques lignes m'a fait tellement de bien que j'allais oublier de vous donner l'adresse du site. Peu importe, si vous êtes vous-même assez détendu, expirez profondément et cliquez sur n'importe la quelle des photos ci-dessus.

mardi 5 janvier 2010

Mbiwi et ordinateur

Mbiwi et haute technologie

La dernière vidéo que j’ai mise en ligne sur You Tube a un caractère didactique assez marqué. Elle joue à décomposer et à recomposer le rythme des mbiwi. Contrairement à la plupart de mes autres vidéos qui sont filmées au gré des occasions, celle-ci est un projet que j’avais à cœur depuis longtemps et pour lequel il m’a fallu trouver des démonstratrices bénévoles, car vous vous doutez bien qu'on ne m'alloue aucun budget pour ces recherches pourtant fort intéressantes. Les mbiwi utilisés dans cette vidéo font partie de ma collection personnelle. Je les ai trouvés, un peu moisis, sur le marché de Coconi. Je les ai soigneusement poncés puis , suivant à la lettre les conseils d'un ami bricoleur et mélomane, je leur ai appliqué deux couches de vernis, avec un léger ponçage entre les deux couches.

Démonstratrices high-tech

En visionnant cette vidéo, on comprend comment le rythme global caractéristique des mbiwi dépend d’un subtil équilibre des volumes des deux rythmes de base.

Quand l'équilibre sonore est atteint, la soudaine apparition du rythme résultant a un caractère magique dont je ne me lasse toujours pas.



vendredi 4 décembre 2009

Langa

Langa

J’ai une amie qui effectue un travail de recherche ethnomusicologique sur le mgodro. Le mgodro, c’est le genre le plus populaire de la musique mahoraise. C’est la signature musicale de Mayotte. On entend du mgodro, on se dit Ah ! ça c’est Mayotte !

Après, si l’on veut définir précisément en quoi cela consiste, cela devient plus compliqué. Vous savez comment sont les mzoungous, comme ils aiment tout comprendre avec leurs têtes de mzoungous. Même la musique qui ne demande qu’à nous faire danser, ils ne sont contents que quand ils l’ont bien décortiquée, analysée, étiquetée, classée… Ils ne s’arrêteraient jamais.

Enquêteuse

Je parle bien sûr des mzoungous les plus affirmés dans leur mzoungouité. Tous ne sont pas aussi enflammés dans leur soif de tout comprendre et de tout maîtriser mais cette passion, me semble-t-il, est toujours au moins latente, même chez le mzoungou le plus innocent, même chez le plus anodin. C’est culturel, on a grandi là-dedans. Je dis « on » car, bien entendu, je suis moi-même mzoungou et suis par conséquent enchanté que cette amie ait eu la bonne idée de m’entraîner avec elle dans sa quête de l’essence du mgodro.

C’est donc avec un grand plaisir que je l’accompagne, quand l’occasion le permet, dans ses enquêtes. C’est ainsi que j’ai pu rencontrer Langa.

Langa

Langa, à Mayotte, tout le monde connaît. C’est un grand personnage, un des premiers, ou peut-être le premier, à avoir enregistré du mgodro. Tous les musiciens mahorais l’ont reçu en héritage, même les rappeurs ou les rastamen lui doivent des émotions anciennes. Dans l’hagiographie mahoraise, il est le père fondateur, celui qui a fixé le son du gaboussi sur la mythique cassette, à l’époque on écrivait K7, intitulée Gaboussi na m’kayamba. Je ne sais pas de quand cela date, mais cela doit être aussi vieux que l’histoire du Bulldozer.

Vous ne connaissez pas l’histoire du Bulldozer ? C’est que vous n’êtes pas Mahorais. La voici telle qu’un sympathique inconnu me l’a racontée par une nuit sans lune sous un réverbère, près de l'embarcadère de la barge :

Au moment de l’indépendance des Comores, y avait pas l’électricité à Mayotte. Le soir, c’était tout noir, pas comme aujourd’hui, on voyait rien. À cette époque, y avait un seul Bulldozer à Mayotte. Dans toute l’île, y en avait qu’un. Il était ici, à Mamoudzou, devant la barge. Un jour, les gens de Grande Comore sont venus avec un bateau. Ils voulaient prendre le Bulldozer pour l’amener en Grande Comore. Ils voulaient pas le laisser à Mayotte. Alors les femmes de Mayotte, les mamans, elles ont démonté le godet du Bulldozer. Elles l’ont démonté et elles l’ont emporté jusqu’à la plage d’Hamouro et elles l’ont laissé là-bas pour pas que les gens de Grande Comore prennent le Bulldozer. Parce que sans le godet, ils pouvaient rien faire avec le Bulldozer. Même maintenant, si tu vas sur la plage d’Hamouro, tu peux voir encore le godet.

Malheureusement, en réalité, le godet n’est plus là-bas depuis belle lurette. Néanmoins, tous les Mahorais que j’ai interrogés connaissent cette histoire qui admet quelques variantes.

Cette époque héroïque, perdue dans la nuit mahoraise, c’est 1976. La cassette de Langa ne peut pas être antérieure puisqu’il n’y avait pas d’électricité.

Les instruments de Langa : mkayamba et gaboussi

En faisant un tour sur www.la-musique-mahoraise.com, j’apprends que la cassette date de 1995 ! La perception du temps est donc, cela se confirme, quelque chose de très relatif. À l’adresse ci-dessus, vous aurez les références de la cassette, que j’imagine introuvable, et des deux CD de Langa dont le premier reprend la cassette dans son intégralité. Vous aurez également un regard mahorais sur le personnage, l’œuvre et la vie de Langa. N'hésitez pas à aller y faire un tour.

Nous sommes donc chez Langa pour essayer de comprendre ce que c’est que le mgodro. Mon amie se débrouille plutôt bien en shimaoré. Il y a également parmi nous un traducteur. Pourtant, nombre de questions restent sans réponses. C’est en fait une confrontation de deux univers, une pratique intuitive d’une musique transmise oralement face à une recherche musicologique nécessairement perçue comme incongrue.

À un moment, nous lui proposons que je joue quelques bribes de morceaux mahorais que j'ai pu glaner pour qu’il nous dise s’il considère que c’est du mgodro ou non. Je sors donc mon gaboussi de sa housse et me mets à jouer. Jouer du gaboussi devant Langa, c'est comme dire la messe devant le Pape. Franchement, je suis au sommet de ma carrière de mélomane-chercheur, je vois mal ce que je pourrais faire de plus par la suite.

Le premier morceau fait un flop assez lamentable. Langa reste de marbre sur sa chaise en nous disant que ce n’est ni du mgodro ni je ne sais plus quoi d’autre. Pourtant je trouvais que cela avait fière allure.

Dès les premières notes du second morceau, il s’anime, se lève et secoue son mkayamba en dansant. Aucun doute, c’est bien du mgodro. Même chose pour le troisième morceau qui a pourtant un rythme très différent. La question du rythme n’est donc pas aussi évidente qu’on aurait pu le croire.

Sur le chemin du retour, en voiture, mon amie propose comme première ébauche de définition : Le mgodro, c’est ce qui fait danser Langa.

Langa chantant une ancienne chanson


Langa jouant du mkayamba


Pour voir de très belles photos de Langa, vous pouvez aller faire un tour sur Iloni : le blog de Sev et François. Vous y trouverez également un lien vers un article très intéressant, sur le blog de Marcel, consacré à Langa. Qui est Marcel ? En suivant les liens, vous en saurez presque autant que moi, ou plus.