samedi 15 octobre 2011

L'allocution

Longue attente, face à la Petite-Terre


Mayotte a passé la journée à attendre (vendredi 14). La ministre a vu les uns et les autres, en Petite-Terre. Mayotte attendait, juste en face, en Grande-Terre, devant le Comité du tourisme.

En fin d’après-midi, j’ai vu deux fois la barge s’approcher de la jetée, hésiter, faire demi-tour et repartir vers la Petite-Terre avec ses passagers car le débarcadère était plein d’une foule qui brûlait d’aller voir ce qui se passait en Petite-Terre et où en étaient les négociations. Une foule bien trop nombreuse, bien trop houleuse pour la barge.

Les organisateurs demandaient au micro à ce qu’on laissât accoster la barge, mais les gens voulaient savoir et voulait aussi sans doute que cela se sache.

Tout le monde attendait 19 H et l’allocution de la ministre. Quand je suis arrivé sur le parvis, il y avait une danse religieuse. Un vieux bakoko qui avait remarqué que je commençais à me balancer sur la musique m’a attiré dans la danse et je me suis retrouvé les paumes des mains tournées vers le ciel et un sourire illuminé sur le visage. Je ne suis pas très regardant en matière de religion, je m’adapte facilement pourvu qu’on me tolère.

Plus tard, il y eut du m’godro diffusé sur la sono. Là aussi j’ai dansé, mais comme tout le monde, je dansais pour attendre dans la bonne humeur plutôt que dans la lourdeur palpable qui pesait sur la ville.

À 19 H il y eut l’allocution. Problèmes de sono. Les gens écoutent alors la radio sur leurs téléphones ou sur un autoradio qu’un conducteur prévenant rend audible en laissant grandes ouvertes les portes de sa voiture autour de laquelle s’agglutine un groupe attentif. Tout le monde est silencieux, grave même. Il est vite clair pour tous que la ministre n’a pas compris ce qui se passe à Mayotte. On lui réclame de la justice et elle donne des leçons et fait la charité.

J’admire la très grande retenue des Mahorais. Là où un métropolitain aurait été très explicite sur l’usage qu’elle pouvait faire des bons d’achat qu’elle proposait aux familles nécessiteuses à condition que celles-ci remplissent certaines conditions, comme s’il n’y avait pas assez de paperasserie, les Mahorais, eux, se contentent de dire dignement : « À Mayotte on est pauvre, mais on n’est pas des mendiants. »

Pour l’instant, l’île est sous le choc de cette non-compréhension. Les organisateurs, sur place et à la radio appellent les Mahorais à garder leur calme et à rentrer rapidement chez eux pour éviter des manifestations de colère. Rendez-vous est pris pour une assemblée générale demain matin devant le Comité du tourisme. Arrivé chez moi j’apprends à la radio que Shopi, un petit supermarché du centre-ville vient de subir une attaque qui a déclenché une intervention des forces de l’ordre.


vendredi 14 octobre 2011

Mayotte, jour J


Mamoudzou, 13 octobre 2011


Ce jeudi 13 octobre était attendu comme le jour « J ». Un grand jour de négociation faisant suite au retour d’une délégation de représentants du collectif contre la vie chère qui était allé à la Réunion pour s’informer des prix pratiqués là-bas. Comme s’il n’ y avait pas d’associations de consommateurs à la Réunion capables d’envoyer un mail à leurs homologues de Mayotte.

Il paraît que cette idée aussi symbolique qu’onéreuse viendrait de la préfecture qui a payé les billets d’avion. C’est à vérifier.

Pour soutenir les négociateurs, les mahorais ont réussi à monter la plus grosse manifestation jamais vue dans l’île. Taxis gratuits pour acheminer les manifestants depuis tous les villages. Barge gratuite pour ne pas se priver des Petits-terriens. Et bien sûr, pas de barrages.

La manifestation, sans débordements, fut un tel succès que pour une fois les chiffres de la police et ceux des organisateurs divergent énormément. Jusqu’à présent tout le monde s’accordaient sur quelques centaines, un millier ou un peu plus, selon les jours et en suivant une progression constante. Pour la manifestation d’hier, c’est différent, la fourchette est entre 6000 pour la police et 20 000 pour les organisateurs. Le site de Malango fait la moyenne et table sur 13 000. Je ne sais pas quel était le nombre réel, mais je peux assurer, vidéo à l’appui que le chiffre de 6000 manifestants avancé par la police est ridiculement bas. Personne n’y croit et l’on s’étonne que certains services de l’État éprouvent le besoin de se discréditer davantage.

Cette manifestation fut donc un tel succès que Marie-Luce Penchard, ministre de l’outre-mer prenait l’avion le soir même. Elle doit rencontrer aujourd’hui, une à une, toutes les parties prenantes de ce vaste problème. Personne ne sait ce qu’il sortira de cette visite ministérielle. Ce que l’on sait, c’est que Mayotte Première va battre tous les records d’audience en diffusant ce soir l’allocution de Madame la ministre.

Voici deux vidéos de cette manifestation historique.


« Maulana Ali musada »

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La première vidéo montre un groupe de femmes chantant un appel au soutien de tous les Mahorais : « Maulana Ali musada ». Maulana Ali est un nom mahorais qui représente ici tous les anonymes que l’on appelle à l’aide. Musada, c’est le système d’entraide traditionnel. Ce refrain alterne avec des interventions de solistes qui peuvent se relayer. Sur cet extrait, une soliste lance : « Nezie Bwana Purefe, arshukidzia madjesh ». « Saluez pour nous Monsieur le Préfet, il nous a mis les forces de l’ordre sur le dos. » Notez la polyrythmie des battements de mains qui produit le rythme caractéristique des mbiwi.


Le marathon de Mamoudzou contre la vie chère

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La seconde vidéo montre la jonction de deux groupes de manifestants au carrefour de M’tsapéré. Un groupe arrive au pas de course en scandant des formules rythmiques tandis que l’autre l’acclame.

mercredi 12 octobre 2011

Printemps mahorais



Nous revendiquons nos droits de vivre décemment
Pas plus

En ce moment cela chauffe à Mayotte. Les syndicats et des associations de consommateurs ont lancé une grève générale contre la vie chère. Ce mouvement de protestation entre dans sa troisième semaine. Les manifestants, de quelques centaines à un millier, défilent tous les jours dans Mamoudzou en veillant à ce que tous les magasins soient fermés.

La grève dont tout le monde pâtit est largement soutenue par toute la population et par les élus. C’est en fait une grosse crise sociale qui couve depuis trente ans. Cette crise, chacun l’exprime avec les moyens dont il dispose. Les plus cultivés font des discours argumentés et chiffrés : « 2 % de la population détiennent 98 % des richesses de l’île ». Les moins cultivés, souvent de jeunes enfants, font des barrages sur les routes et caillassent ou rançonnent les automobilistes.

Il y a donc simultanément une lutte syndicale assez structurée et remarquablement bon enfant, j’admire le calme et l’humour des Mahorais en ces temps de tensions, et une jacquerie qui frôle parfois la guérilla ethnique. Comme le disait, en le déplorant, ce matin à la radio Raos, troisième vice-président du Conseil Général à qui j’emprunte l’adjectif ethnique : « (Si l’État n’écoute pas les revendications légitimes des Mahorais) ce sont les mzungu qui vont s’en prendre plein la gueule ». Je cite de mémoire, il a pu dire métropolitains à la place de mzungu, ce qui est parfaitement synonyme, mais le plein la gueule est resté clair et net dans ma mémoire de mzungu qui partage tout à fait une grande partie de son analyse.

Rond-point SFR

Il semble que les affrontements violents sporadiques ont été suscités ou en tout cas exacerbés par le comportement inadapté et perçu comme provocateur de ce qu’il est convenu d’appeler les « forces de l’ordre ».

Mayotte est le territoire français où la vie est la plus chère et où les salaires sont les plus bas. C’est aussi très certainement le département le moins développé pour ne pas dire le plus laissé à l’abandon. Cela fait plus de trente ans que cela dure, trente ans que les Mahorais ont voté pour intégrer la République française alors que les trois autres îles des Comores choisissaient l’indépendance. Trente ans que l’État français leur a fait miroiter le statut de département, trente ans qu’ils vivent dans un cadre juridique et social au rabais et on leur dit qu’il faudra attendre encore vingt ans pour que la situation se normalise, qu’ils toucheront, par exemple, l’an prochain le RSA à 25% de ce qu’il est en métropole alors qu’ici la vie est bien plus chère qu’en métropole et le chômage plus important. Bref, trente ans qu’on se fout de leur gueule, s’il faut dire les choses un peu crûment.

Si l'on pense que j'exagère, il suffit de venir à Mayotte constater l'état des infrastructures. En trente ans, on pouvait certainement faire beaucoup mieux.

Alors, si l’on n’est pas très cultivé et qu’on ne sait pas faire la différence entre l’État français et le mzungu qui passe dans sa voiture, on peut être tenté de lancer une pierre sur la voiture. Notez cependant que mon voisin mahorais s’est pris lui-même une pierre sur son bras tranquillement accoudé à la portière de sa voiture. Quand on n’est pas cultivé, qu’on est plutôt misérable et en colère, une voiture qui passe c’est déjà une provocation. La jacquerie, ce n'est rien d'autre que cela.

Apparemment, les tenants de l’insurrection caillasseuse écoutent depuis hier les appels au calme des syndicalistes et ont levé les barrages de façon à ce que le plus grand nombre puisse se rendre à la manifestation quotidienne. Dans ce cadre, les leaders syndicaux tentent de canaliser les énergies pour éviter les dérapages douteux. Ils s'en sortent plutôt bien. Même chose à la radio où les journalistes de Mayotte Première rappellent aux auditeurs enflammés les règles de la communication et du débat public tel que les fixe la Loi.

Côté manifestations, celle d’aujourd’hui s’est très bien passée, comme celle d’hier, les « forces de l’ordre » s’étant montrées très discrètes.

Voici deux petits extraits vidéo de la manifestation d’hier.

Rond-point de la barge

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Dans ce premier extrait, au rond-point de la barge, le chant est principalement vocalique quoiqu’il me semble qu’il y ait là des phrases dont je ne perçois pas le sens. Notez la richesse de l’accompagnement dans une très grande économie de moyens : battements de mains variés, glissements de pieds, cris modulés et clameurs produisent une hétérophonie pleine de vie qui témoigne de la résolution des manifestantes et des manifestants.

Parvis du Comité du tourisme

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Dans le second extrait, sur le parvis du Comité du tourisme, les manifestantes reprennent, en en modifiant les paroles, une ancienne chanson du groupe Jimawe de Sada (années 80). Voici ces paroles repiquées sur la vidéo avec l’aide d’un ami mahorais et transcrites comme j’ai pu. Si vous pouvez améliorer l’ensemble, n’hésitez pas à me le dire. Ces paroles sont suivies d’une traduction, sans doute améliorable, elle aussi.


Zama za miziga na bunduki

wamama kana mana.

Leo tanafu zija, ziketsia wa madwamana.

Muridza ziwade, rihondro, karina mana,

au runwa, au shizaya. Mamera mwa havi ?

Mamera mwa havi ?

Wahadi raka va nao, harimwa zi biro za vote.

Mamera mwa havi ?

Bwana Purefe na Sodiframu wadugana na maCRS

wakojo urula.

Bwana Zaïdani, wanlisha mavereni maCRS

wakojo urula.

Traduction :

Au temps des canons et des fusils

les mamans n’avaient pas d’importance.

Aujourd’hui que les bénéfices (de la lutte des mamans) sont arrivés,

les responsables sont assis dessus.

Vous nous avez mises au monde, handicapées, amaigries, sans importance, travaillant dans des condition difficiles.

Vous, les maires, où êtes-vous ?

Vous, les maires, où êtes-vous ?

On s’était donné rendez-vous dans les bureaux de vote.

Vous, les maires, où êtes-vous ?

Monsieur le Préfet et la SODIFRAM

sont venus avec les CRS pour nous tuer.

Monsieur Zaïdani, ne nous laisse pas sur les routes

avec les CRS pour nous tuer.


Notons à la décharge des maires qu'ils sont venus à la manifestation, dignement ceints de l'écharpe tricolore, et se sont fait molester par les gardes mobiles, apparemment sans raison. En tout cas c'est ainsi que je l'ai vu rapporté dans un journal télévisé, en Grande-Comore. Les Grands-Comoriens n'en croyaient pas leurs yeux.

Dernière note pour les lecteurs lointains : Monsieur Zaïdani, c'est le Président du Conseil Général.

mercredi 5 octobre 2011

Little Wing

Le Mont Choungui dans la brume

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Encore une fois bien du temps s’est écoulé depuis le dernier message. Nous sommes allés en métropole où j’ai promené deux gaboussi. Nous avons revu famille et amis, sans compter les musées et Internet qui me faisait rire comme un enfant tellement cela marchait bien. Puis retour à Mayotte qui attrape un coup de sang à cause du prix des mabawa (ailes de poulets) et bien d’autres choses plus ou moins dites qui ruminent dans l’ombre.

C’est notre dernière année ici. Je m’applique à terminer les chantiers que j’ai commencés. Notamment trois films sur la fabrication d’instruments de musique mahorais. Il m’est alors venu l’idée que rien ne valait un plan aérien pour situer le décor et que c’était rendre justice à ces instruments, aux hommes et à la terre qui les ont patiemment mûris que de les présenter d’une certaine hauteur, de les éclairer d’un rais de lumière traversant les nuées.

Je suis donc allé voir les Passagers du Vent à Pamandzi, en me levant fort tôt pour éviter d’éventuels barrages de manifestants, et pour être sûr de trouver une barge, et je me suis envolé sur une frêle machine pour filmer d’en haut cette île que j’ai tant parcourue.

C’est beau. Incontestablement beau. Bien plus beau que les images assez floues que j’en rapporte toutes nimbées d’une brume diffuse.

Mais au-delà de la beauté plastique, il y avait aussi le plaisir de pouvoir nommer chaque village, de survoler la maison d’Untel, la plage de Tanaraki où je joue du gaboussi avec Anibali, mon ancienne école de Mtsamboro, l’atelier de Colo Hassani sur les hauteurs de Chiconi et celui de Soundi au foyer des jeunes de Chirongui…

Et le plaisir de voler bien sûr. Un plaisir ambigu car Icare n’est jamais bien loin pour peu qu’on s’intéresse à la mythologie.


La pointe Sazilé

À peine revenu sur terre, j’ai pris des bribes de ces images pour en faire un petit bout de film. Pour la musique, il me fallait quelque chose de grand, de fragile et de pathétique comme le sont les destinées humaines. J’ai choisi cette version de Little Wing de Jimi Hendrix (grand, fragile et pathétique), interprétée par mon frère Pierre qui est un bon pilote d’ULM.

jeudi 14 juillet 2011

Le Battle

Le Clan des Zoulous

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J’étais en route pour le 5/5 où se produisait Maxime Perrin, un accordéoniste de jazz, pour un concert unique à Mayotte. C’est tellement rare, ici comme ailleurs, que je ne m’étais pas senti le droit de m’écrouler sur mon canapé et d’y végéter mollement en regardant pour la centième fois les Dream Girls.

C'était le 7 mai, c'est dire si ce post est en retard. Beaucoup de travail en fin d'année et beaucoup de paperasse pour une administration délirante.

Me voilà donc en route pour le 5/5. En passant devant la MJC de Mgombani, je vois du monde partout, comme un attroupement devant le plateau sportif. Ah non ! Ca me revient d’un coup. C’est le Battle Of The Year ! J’ai appris depuis qu’on dit un battle. Moi, j’aurais bêtement dit une battle, mais non non non, quand on s’y connaît en Hip Hop, avec deux H majuscules, sans trait d’union et la casquette de travers, on dit un battle.

J’avais vu dans Tunda qu’il allait y avoir bientôt un événement majeur en matière de culture urbaine. Eh bien apparemment c’est aujourd’hui et je suis déjà en retard pour l’accordéon.

Heureusement l’accordéon aussi est en retard et je commence à me dire qu’après le concert, j’irai quand même bien faire un tour à cette battle, car au moment des faits, je ne sais pas encore qu’on dit un battle. À mon avis, eux aussi, ils seront en retard.


Maxime Perrin

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L’accordéon, c’était super. J’en ai filmé plusieurs morceaux à montrer à mes élèves. Je pense que le vieux Léon de Brassens a dû être content d’entendre ça, depuis son firmament parce que vraiment, ça tricotait. Il est vrai que l’instrument s’y prête. Mais le type connaissait quand même bien son affaire. Un beau timbre de base complété par une ribambelle de pédales lui permettait de voyager dans l’espace et dans le temps, de l’Europe centrale au funk américain en passant par la Corse.

Le mieux c’est de l’écouter en cliquant sur la photo.

Mais le battle, il faudrait tout de même que j’aille voir ce que c’est, ne serait-ce que pour en parler également à mes élèves. Poussé donc par le devoir, mais tenaillé par un sentiment diffus de trahison, je m’éclipse discrètement. Pourvu que ce ne soit pas fini ! Après, il y aura un concert de rap, mais moi, c’est plutôt la danse qui m’intéresse.

J’arrive à Mgombani pendant les délibérations des demi-finales. Beaucoup de monde sur le plateau. Des jeunes surtout et presque exclusivement. Ca rigole, ça discute, ça s’interpelle et ça prend des photos pour immortaliser la soirée. Il y en a qui dansent. Je prends un bout de film : le Clan des Zoulous (ou Zulu Clan, cela semble encore indécis) de Kawéni et de Cavani.


Game over

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Et puis c’est les demi-finales, et puis la finale qui oppose Lil style à Game over. J’arrive à me glisser pas trop loin de la scène avec ma caméra et là, le spectacle est incroyable. D’abord la musique est bien moins nase que ce que je craignais. C’est un funk souvent très honorable et le son est correctement réglé. Je n’aurai pas les tympans déchirés. Mais surtout, les danseurs sont terribles. Pas de filles malheureusement, je ne sais pas s’il y en a eu avant, mais à partir des demi-finales, il n’y avait que quatre équipes de garçons.

Il y a donc sur scène deux équipes qui s’affrontent en dansant. Il y en a une qui vient provoquer l’autre, puis l’autre répond. Cela commence souvent par les plus jeunes de la bande, des petits gamins d’une dizaine d’années, puis tout le monde s’y met. Il y a des effets de groupe, avec des portés et toutes sortes d’acrobaties Et puis il y a des solos qui commencent souvent debout et finissent au sol en tournoiements de toupies qui bondissent et rebondissent. Beaucoup de figures en appui sur les mains. Une maîtrise époustouflante de l’équilibre et de la dynamique. Vraiment un beau spectacle.

Lil style

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Au bout du compte, c’est Lil style qui a gagné, un groupe de Barakani et de Kahani. Le 9 juillet, ils seront dans les arènes de Nîmes pour la finale nationale, si Dieu veut, bien entendu. Un point pour eux, c’est qu’en juillet à Nîmes, il fait chaud, mais pas autant qu’à Mayotte la plupart du temps, si bien que cette petite sensation de fraicheur devrait les booster.

mercredi 27 avril 2011

Les jumeaux divins





Kolosan taillant une cheville de gaboussi


Je revenais de chez Kolosan à Chiconi où j’avais passé la matinée à le regarder terminer un gaboussi. À la sortie de Kahani, une jeune femme me fait signe. Elle va à Mamoudzou. Je peux l’avancer jusqu’à Tsoundzou. Elle monte...

Quelques virages... des bambous... encore des virages... je lui demande si elle connaît Kolosan ? Elle me demande s’il est de Kahani.

Les réseaux de connaissances des Mahorais sont structurés par l’appartenance à tel ou tel village. Il y a le village de la mère et le village du père. On y a des statuts très différents. Et puis il y a les villages où rien ne nous lie et dont, le plus souvent, on ignore tout. Sophie Blanchy décrit très bien cela dans La vie quotidienne à Mayotte.

Donc, elle ne connaît pas Kolosan. Et qui elle connaît, alors, comme musiciens mahorais ? Le premier qui lui vient à l’esprit, immédiatement, c’est Lathéral puis M’toro Chamou et puis toute une ribambelle : Mikidache, Bob Dahilou, Zaïnoun, Babadi… Bo Houss, bien sûr, et d’autres encore dont je ne me souviens plus maintenant. Soundi ne lui dit pas grand chose, mais quand je lui chante « Karamane wala karashindrane, kwaheri, wami nisendra dzangwe », cela éveille en elle un écho lointain.

L’établissement de ce catalogue des musiciens mahorais, associés à leur village d’origine, nous a tenus d’humeur joyeuse jusqu’à Tsararano où je lui dis : « Ici, à Tsararano, il y a Saandati ». Elle acquiesce et me dit : « Et il y a aussi les deux vieux, c’est des jumeaux. Ils sont très vieux. Il y en a un qui est aveugle le jour mais il voit la nuit et l’autre est aveugle la nuit mais il voit le jour. Je ne sais plus comment ils s’appellent. »

J’en reste sans voix. Une longue fréquentation de l’œuvre de Jung a développé en moi un profond respect pour les mythes. Ils viennent de si loin et nous parlent de mondes si souterrains, alors entendre comme ça, entre deux grincements d’amortisseurs, un mythe en train de naître, c’est très impressionnant.

Elle cherche le nom de ces Castor et Pollux de la musique mahoraise « Ah ! Mais comment ils s’appellent ? »

Je lui propose « Langa ? » Elle s’écrie « C’est ça, c’est les Langa ! »

Je ne sais pas si ce mythe est appelé à se développer dans l’imaginaire mahorais, si les Langa serviront un jour à nommer un système double de pulsars en opposition de phase au cœur d’une galaxie lointaine, mais il m’a plongé depuis ce matin dans une profonde rêverie. Preuve de son efficacité en tant que mythe, au moins sur les esprits faibles et enclins à la rêverie.

Langa et bokela par Marcel

Un clic sur la photo pour en savoir plus

Pour ceux qui ne connaissent pas Langa, un mythe vivant, un clic sur le portrait du bonhomme peint par Marcel semble indispensable. Vous atterrirez sur le blog de Marcel que je vous recommande vivement.

Castor ou Pollux ?

Pour ceux qui ne connaissent que vaguement Castor et Pollux, voici leur histoire en deux mots. Léda, la plus belle des femmes de toute la Grèce, épouse de Tyndare, roi de Sparte, se baignait à la rivière quand elle vit un cygne poursuivi par un aigle. Elle sauva le cygne des serres du rapace. Pour la remercier, le bel oiseau blanc se fit particulièrement tendre, si bien qu’à quelque temps de là, Léda pondit deux œufs. Il est vrai que l’oiseau n’était autre que Zeus qui n’en était pas à son premier tour pendable. Le premier œuf contenait Clytemnestre et Castor, enfants de Tyndare. Du second sortirent Hélène et Pollux, tous deux enfants de Zeus. Cette Hélène, plus belle encore que sa mère, c’est celle de la guerre de Troie.

Les Dioscures (Castor et Pollux) par Jean Cocteau

Castor et Pollux eurent une vie palpitante et aventureuse au cours de laquelle rien ne les sépara, pas même la mort.

Voici ce qu’en dit Ulysse en remontant des Enfers où il les a rencontrés :

« Ils restent vivants tous les deux sous la terre féconde ;
Cependant, même là en bas, Zeus les comble d'honneurs ;
De deux jours l'un, ils sont vivants et morts à tour de rôle
Et sont gratifiés des mêmes honneurs que les dieux. »

Odyssée (XI, 301-304). Extrait de la traduction de Frédéric Mugler pour Actes Sud, 1995 (Merci Wikipédia).

samedi 16 avril 2011

Sarandra Beloba



ATTENTION LE CONCERT DU 23/04 INITIALEMENT PREVU A MTSANGA BEACH AURA FINALEMENT LIEU A MTSAMOUDOU.



Ils étaient l'an dernier au festival Milatsika, à Chiconi. Ils reviennent à Mayotte pour quelques concerts, du 22 au 30 avril.

Leur style, originaire du sud de Madagascar, est très différent de celui des grands groupes malgaches qui passent de temps en temps. C'est joyeux, virtuose et très original.

Notez enfin qu'ils fabriquent eux-mêmes leurs instruments et en jouent de façon incroyable.

Mandoliny fabriquée par RIALY Tomboson, leader de SARANDRA BELOBA