samedi 17 juillet 2010

Contretemps

Cet été, nous sommes coincés à Mayotte. Un problème de papiers que n’importe qui d’un peu intelligent aurait pu régler avec un peu de bonne volonté. Apparemment, c’était au-dessus des forces des agents de l'État en charge du dossier. C’est assez navrant d’être strictement dans son bon droit, parfaitement en règle, et d’être privé de sa liberté de mouvement parce qu’un blaireau, derrière son guichet, n’a pas fait son boulot et que tout le monde, ou presque, s’en fout. Je dis "presque", heureusement, car même dans ces temples de la bêtise institutionnalisée, on arrive à trouver des témoignages de sympathie. L'ensemble reste cependant navrant.

Mais il y a tellement de choses navrantes dans la vie, et des choses qui peuvent être bien plus graves. Alors on tourne la page et on passe à autre chose. Mayotte c’est formidable en été. Je m’entête à appeler cela l’été. En fait, nous sommes dans l’hiver austral. Au cœur de l’hiver austral !

Je veux bien qu’en Patagonie l’hiver austral soit rude, qu’il fasse parfois frais à la Réunion, mais ici, c’est la plus belle saison de l’année. Il y a un peu d’air. Il fait toujours chaud, bien sûr, mais la chaleur n’est plus moite et accablante comme elle l’est pendant la saison des pluies.

En plus, du fait des congés scolaires et des migrations saisonnières des mzoungous, il y a beaucoup moins d’embouteillages et moins d’attente pour se connecter à Internet.

Au diable, donc, la paperasse et les blaireaux ubuesques qui s'en délectent ! Si vous raffolez du Père Ubu, vous pouvez toujours retrouver ses émules contemporains et tropicaux dans Droit du sol (Casterman), la bédé de Charles Masson dont je vous ai déjà parlé et à laquelle j’emprunte l’illustration de cet article.

Comme je dispose maintenant de beaucoup de temps libre imprévu, je me suis dit : « Et si je peignais enfin tout ça ? » J’ai donc acheté des pinceaux et je vous en reparle bientôt.

lundi 21 juin 2010

Pour faire un dzendzé (recette historique)

Colo Hassani

Marcher le long de la rivière en guettant les bambous
En trouver un qui soit de belle taille et le couper en disant les paroles rituelles
Tailler dans ce bambou un bon morceau dépassant d’une main de chaque côté la longueur d’un entre-nœud
Entre les deux nœuds, pratiquer dans le sens de la longueur une fente étroite qui laissera librement sortir le son

Puis, avec un couteau bien affilé, soulever de longues et fines bandes d’écorce
Bien vert le bambou et précis le couteau
Sous chaque bande, glisser deux petites cales taillées dans des éclats de calebasse
Laisser sécher, longtemps

Quand les bandes d’écorce sont bien sèches, les faire vibrer du bout des doigts de façon à éveiller des échos joyeux au fond de l’âme
Déplacer les petits chevalets en fragments de calebasse jusqu’à obtenir des sons qui se marient bien
Attendre patiemment que doigts et cordes de bambou se soient mutuellement apprivoisés

Laisser passer ainsi des siècles de mystères
Puis, embarquer pour un très long voyage
Voguer longtemps sur l’océan jusqu’à atteindre, un jour, la Grande Île
Débarquer sur l’île avec le bambou musical sous le bras
Laisser passer encore des siècles

Avoir un jour l’idée de remplacer les cordes en écorce soulevée par des cordes en acier
Laisser le cœur bondir de joie en entendant cette cascade cristalline
Un autre jour, imaginer que l’on pourrait remplacer le bambou par une caisse en bois, pratique et prosaïque

Fabriquer ainsi un petit instrument propre à être transporté sur une pirogue afin de charmer les djinns de la mer et de s’assurer une bonne pêche

Pêcheur à Tanaraki

Voguer dans la pirogue entre écume et miroitements
Chanter les airs qui plaisent aux djinns tandis que les doigts courent sur les cordes de la petite cithare

Voguer ainsi jusqu’à la plus proche des Îles-sous-la-Lune
Lentement, avec mille précautions, accoster en frôlant les coraux
Entendre le sable crisser sous la coque étroite de la frêle embarcation et débarquer le cœur léger, l’instrument sous le bras.
Il n’y a pas encore de contrôles aux frontières mais les temps sont tout de même incertains
Il y aura des batailles et des massacres
Essayer de ne pas se faire attraper par les aléas de l’histoire

Laisser passer encore un peu de temps, juste quelques siècles et tout est prêt.

Les Mahorais l’ont appelé dzendzé cette petite cithare qui a tant voyagé depuis les bambouseraies d'Indonésie et de Malaisie pour arriver à Madagascar puis à Mayotte

Quand ils en jouent sous les manguiers aux heures chaudes de la journée
Vos yeux glissent dans un sommeil trompeur et les djinns fatigués font de l’auto-stop
Si l’on a eu le malheur de les faire monter dans la voiture, on peut résister à leur discours fallacieux en n’entrant qu’à peine dans la conversation sous prétexte de bien se concentrer sur la route qui peut être dangereuse avec ses virages et ses zébus. Il me semble que la mention du zébu a un effet apaisant sur certains djinns.

Quand les Mahorais jouent du dzendzé la nuit sous la pleine lune
Les djinns se mettent à danser et le poids de la vie semble s’équilibrer avec le poids de la mort si bien que tout le monde respire, allégé pour un temps.

jeudi 6 mai 2010

Shigoma

Les rois de l'azur, princes des nuées


L’espèce humaine, dans son ensemble, est fatigante. N’importe qui, possédant un peu de réalisme et de bonne foi, vous le dira : l’homme est un fardeau pour l’homme. Ceci étant posé, force est de constater que l’âme humaine, dans son ensemble également, est cependant sporadiquement traversée d’éclairs de génie.

Le shigoma, c’est un de ces éclairs de génie de l’humanité. C’est à la fois une danse collective et un chant responsorial. C’est une cérémonie gaie, solennelle et chargée de mystère. C’est la grandeur des Mahorais.

Un éclair de génie

Plutôt que de tourner autour du pot à coups de phrases décousues, il vaudrait peut-être mieux que je décrive ce que j’en ai vu.

Pour danser le shigoma, il faut une grande occasion et une place publique. Il faut aussi un orchestre composé de trois ngoma (tambours à deux membranes) et d’un garandro (tambour métallique, souvent un tambour de machine à laver).

Joueurs de ngoma

Un des ngoma ne joue pratiquement que la pulsation. On l’appelle msindriyo. Un autre développe des cellules rythmiques très variées. On l’appelle fumba. Le troisième est un dori. Il est plus long et plus étroit. Il joue le thème rythmique principal et ses variations qui viennent s’entrecroiser avec celles du fumba.

Joueurs de ngoma

Le décor étant posé et l’orchestre ayant commencé à jouer, les danseurs s’avancent en une longue et lente procession. Autrefois, il n’y a pas bien longtemps, le shigoma était une danse d’hommes. Aujourd’hui, des femmes y participent. Les danseurs sont sapés comme des ministres et les danseuses comme des reines.

Ils avancent en chantant. Leur chant répond au soliste et au chef de chœur qui évoluent à l’intérieur du cercle ou du rectangle décrit par la procession. Ils progressent lentement, légers et majestueux. Ils prennent dignement le temps de faire le tour complet de l’aire de danse. Il s'agit une danse de prestige. Le moindre geste est un témoignage de l’élégance et de la noblesse du danseur qui le fait pourtant modestement. Le jeu veut qu’il se montre à son avantage avec son écharpe, accessoire indispensable, qu’il tient légèrement du bout des doigts. Il le fait gracieusement, le sourire aux lèvres.

Les mouvements d'ensemble sont réglés par le sifflet

Un des danseurs porte un sifflet. Il lui échoit le rôle prestigieux de donner les signaux qui vont déclancher telle ou telle variation dans les pas ou les attitudes des danseurs. On comprend qu’il y a eu derrière tout ceci de nombreuses répétitions.

Sifflet

Une fois le tour effectué, les danseurs s’installent sur un demi-cercle ou un U et continuent à danser et à chanter sur place. Deux ou plusieurs paires de danseurs s’avancent alors au milieu de l’espace libre et font toutes sortes de figures. C’est aussi le lieu de civilités codifiées. Une femme, par exemple, éponge le front d’un danseur … Une autre étale par terre une belle pièce de tissu dont la fonction symbolique reste pour moi assez mystérieuse… Et puis, d’un coup, en mesure et bien calés sur les ngoma, les voici qui font mine de s’effondrer, accroupis, le buste bien droit. Ils remontent aussitôt, puis retombent en suivant un rythme précis.

Danse

Et puis cela s’arrête. Il y a une phrase particulière donnée par les tambours, ou alors c’est le texte du chant, ou les deux. Vu de l’extérieur, pour le mzoungou de passage, tout le monde s’arrête en même temps sans grande raison apparente.

C’est là que je mesure le fossé culturel qui me sépare de mon environnement mahorais. Je vois venir de loin la fin d’une chanson ou d’une symphonie, mais pour le shigoma, il faudra que j’en voie encore beaucoup avant de comprendre comment cela fonctionne. Pour l’instant, tout ce que je vois, c’est que d’un coup le bel agencement se disloque. Les hommes sortent une cigarette et ça discute dans tous les coins jusqu’à ce que les ngoma lancent un nouveau morceau. Chaque morceau dure environ une demi-heure.

dimanche 25 avril 2010

Bouquins

Carte du monde par Al-Idrisi (XIIème siècle)

Au départ, cet article devait s’intituler Chigoma, mais comme il commence par une longue digression sur les livres, je crains de faire inutilement enrager les internautes en quête d’informations sur cette belle danse mahoraise. Je parlerai donc du chigoma dans mon prochain message.


En partant pour Mayotte, j’ai fait un grand tri dans mes livres. On ne part pas à l’aventure avec des mètres cubes de bouquins, m’étais-je dit, car ce voyage me semblait un rien aventureux. Un déménagement, surtout par bateau, c’est toujours une aventure pour un être de papier aussi fragile et prompt à jaunir qu’un livre.

J’en ai donc donné un bon paquet à la bibliothèque de mon village, surtout des « classiques » et des livres pour enfants. J’ai ensuite confié à des amis des livres que j’avais déjà déménagés quatre ou cinq fois et que je me voyais mal encartonner et décartonner à nouveau pour, au bout du compte, les réencartonner sans avoir eu le temps seulement de les ouvrir. Cependant, il était encore bien trop tôt pour songer à m’en défaire.

Et puis il eût été dommage qu’ils dorment. Si bien que je les ai placés, chez l’un ou chez l’autre, par rayons entiers. Tel brillant sujet qui venait d’avoir son bac avec une mention prestigieuse et entrait en prépa littéraire eut droit à quelques grammaires, mon superbe Littré en six volumes et tout mon rayon ancien français où, entre deux romans courtois et les lais de Marie de France, Rutebeuf se lamentait : Que sunt mi ami devenu Que j'avoie si pres tenu. Et tant amei ?

Le troisième tome (sur six) du livre de Marco Polo

Il y avait aussi dans ce lot d'antiquités les premiers volumes d’une édition suisse (Droz), particulièrement soignée, du Devisement du monde que Marco polo avait dicté en un dialecte franco-provençal à Rustichello de Pise, codétenu et écrivain de profession, du fond de la prison où le retenaient d’âpres Génois peu sensibles aux charmes pourtant puissants de l’Orient.

Ainsi, j’ai laissé à quelques amis sûrs mon rayon psychanalyse qui peu à peu était devenu un rayon C. G. Jung, mon rayon yoga augmenté des œuvres époustouflantes d’Alexandra David Neel et des deux sous-rayons « bouddhisme » et « hindouisme ». Même la Bhagavad Gita, je l’ai laissée en partant, plus iconoclaste encore que Rimbaud. Tous mes Tintin en chinois, patiemment achetés à la Tour de Babel ou dans le métro de Pékin, je les ai donnés à un jeune Chinois qui avait grand besoin de s’entraîner à lire dans la langue de ses ancêtres.

J’ai enfin donné toutes mes BD et tous mes livres de poésie à mes filles qui, de toute façon, avaient commencé à me les piquer bien avant mon départ. Voir ses propres enfants lui subtiliser, l’air de rien, ses BD et ses livres de poésie, c’est une belle consolation pour un père qui aurait tellement aimé faire mieux pour armer sa descendance face aux durs combats de la vie. Je n’ai sans doute pas toujours été au top, mais au moins, je leur aurai appris à aller à l’essentiel.

La même carte d'Al-Idrissi, orientée à notre façon.
En haut l'Europe et l'Asie, en bas l'Afrique.

Parmi ces livres de poésie, il y en a un que je me suis surpris à chercher l’autre jour à la Maison des Livres. Sans trop y croire. Il s’appelle Ailleurs. C’est un recueil d’Henri Michaux qui contient Voyage en Grande Garabagne, Au pays de la Magie et Ici, Poddema. L’ensemble de ces trois textes se présente comme une description objective et concise des mœurs de peuples lointains. Ces peuples, aux mœurs absurdes, sont bien sûr imaginaires, mais ils ressemblent tellement aux peuples réels que l’on rencontre dès que l’on sort de son pays, ils ressemblent aussi tellement aux gens que l’on croise dans la rue dès que l’on sort de chez soi, ils me ressemblent tellement quand je me vois dans un miroir, la ressemblance est si frappante que je prends toujours plaisir à feuilleter ce livre.

En fait, en le lisant, j’ai compris que j’étais né par inadvertance dans cette Grande Garabagne que j’explore, incrédule, depuis ma tendre enfance. Chaque voyage me le confirme, la terre entière est une Grande Garabagne faite de certitudes absurdes qui s’affrontent avec méthode et cruauté. Le but du jeu semblant être de ne pas attraper de coups, ou du moins pas trop.

Ayant l’expérience de ce phénomène général d’étrangeté têtue, j’envisageais le voyage à Mayotte comme la découverte d’un territoire inconnu de cette Grande Garabagne où j’allais être à nouveau confronté à l’étonnante inventivité de cette curieuse et fantasque espèce bipède qui, en général, ne trouve jamais rien de plus urgent que de scier la branche sur laquelle elle est assise.

Après ce long prologue, je pourrais dire, à la façon de Michaux : Ils ont une danse qu’ils appellent « chigoma »…

(à suivre)

jeudi 22 avril 2010

M'godro Jazz


Pour la deuxième fois nous avons eu la visite du trio de jazz qui était venu l’an dernier (Raphaël Dumont : saxophones et clarinette basse, Simon Postel : batterie et François Thuillier :Tuba) Super !

Trio et François Thuillier

Cette année, pas d’avion en retard ni d’instruments perdus donc pas de tuba manyényé. En revanche, au retour, pas d’avion pour les musiciens coincés à l’autre bout du monde à cause des cendres projetées par un volcan islandais.

Simon Postel

Comme l’an dernier, ils ont accompagné la chorale de M’gombani. On peut voir deux extraits du finale de ce concert (M’godro révolution de M’toro Chamou) en cliquant sur les liens ci-dessous.

François Thuillier et la chorale de M'gombani

Chorale (1)




Chorale (2)


Le lendemain, ils ont donné un concert au 5/5. Le trio seul en première partie, exceptionnel mais un peu court. En deuxième partie, diverses combinaisons avec des musiciens du cru : Abou Chihabi, Éliasse, que je n’ai encore pas pu filmer, Lathéral et Trio.

Raphaël Dumont et Abou Chihabi

La mayonnaise a remarquablement bien pris comme vous pourrez le voir sur les vidéos. Le lendemain, il y avait le même concert (sans doute plus long) à Ambato.

Abdallah et Éliasse

J’y serais bien retourné, mais en ce moment j’ai beaucoup de travail et il y avait également une soirée de shigoma le surlendemain que je voulais filmer.

Le shigoma, j’espère pouvoir vous en parler bientôt.


François Thuillier


Raphaël Dumont


Trio


Abou Chihabi

lundi 22 mars 2010

Un îlot


Cela faisait trois ou quatre semaines, au moins, que je n’étais pas allé me baigner dans le lagon. Cela faisait des mois que je n’avais pas mis mon masque qui somnolait dans son eau savonneuse, dans sa boîte en plastique sous l’évier, comme me l’avait recommandé le Gros Mérou.

Ici tout moisit. Peu à peu les DVD se piquent de moisissure et deviennent illisibles. Même ma carte vitale a moisi au fond de mon portefeuille. Alors si on ne se sert pas de son masque tous les jours, on le laisse tremper dans de l’eau savonneuse. Les moisissures n’aiment pas l’eau savonneuse.




Nous avons un ami qui habite dans le Nord, dans un petit village tellement perdu qu’on a du mal à y croire. Cet ami nous avait invité de longue date à faire un tour en canoë avec lui. Alors aujourd’hui nous avons pris palmes, masques, tubas et quelques victuailles et nous nous sommes mis en route, sous un déluge soudain qui n’a pas duré bien longtemps.

Une fois là-bas, nous avons porté le canoë pour traverser une longue étendue de vase car la marée était très basse. Puis, tant bien que mal, nous avons embarqué et nous sommes mis à pagayer. Je n’ai jamais été un grand pagayeur, et puis nous n’étions pas bien installés sur le canoë. Fatou au milieu, très digne, comme le sont les gens qui vivent aux portes du désert, très loin de la mer, mon ami derrière, presque couché, si bien qu’il ne pouvait pratiquement pas pagayer et moi devant ramant comme un damné en chantant des chansons de marins pour me donner du courage car je sentais bien que j’allais me mettre les épaules en compote. Cela n’a pas manqué et à l’heure où je vous parle, tout en pianotant sur mon clavier, je me prépare mentalement à affronter les courbatures que je trouverai au réveil demain matin.


Au premier plan, il y a plein de petits poissons bleus

Nous avons pagayé jusqu’à un de ces nombreux îlots qui entourent Mayotte et sur lesquels on est à peu près assuré de ne rencontrer personne et de trouver, par conséquent, une plage raisonnablement propre. Ce fut le cas. Personne d’autre que trois ou quatre lézards peu farouches, attirés par nos quelques vivres. Quelques rats de cocotiers aussi, mais beaucoup plus prudents.

L’eau était claire et chaude avec juste une petite impression de fraîcheur relative en approchant du tombant. Pas besoin de nager longtemps, on est tout de suite sur des coraux majestueux. Toutes les formes et toutes les couleurs sont là, très nettes, avec des poissons qui s’y faufilent et de gros coquillages à dents de scies comme des citrouilles d’halloween.

La tête hors de l'eau, c'est pas mal non plus

Boudiou que ça fait du bien. Il y avait même une tortue imbriquée qui virait lentement d’un côté puis de l’autre. Mon ami a pris quelques photos et deux jolis bouts de films. Il a notamment filmé un banc de poissons noirs et affairés auxquels je trouvais des airs prophétiques. C’était comme une longue traînée oraculaire qui traçait en ondoyant des signes mystérieux. Un Romain aurait adoré. Moi aussi d’ailleurs. Je ne me savais pas si Romain. On peut les voir en cliquant ici.

jeudi 4 mars 2010

M'godro butikini (M'godro à la boutique)

Komo au gaboussi et RFO au m'kayamba

À Cavani, il y a une boutique qui vend des boîtes de sardines, des boissons fraîches, des cigarettes au détail, peut-être de la lessive et plein d’autres bricoles dans ce genre, je ne sais pas. Moi, ce qui m’intéresse dans cette boutique, c’est les boissons fraîches. En ouvrant les frigos, je choisis au toucher la boisson en fonction de sa fraîcheur. Je prends celle qui est dans le frigo depuis le plus long temps. Si c’est le Coca qui est frais, je bois du Coca, si c’est l’eau, je bois de l’eau.

Des boutiques comme celle-là, il y en a d’autres à Cavani, comme il y en a beaucoup d’autres partout à Mayotte. Mais celle-ci est particulièrement sympathique. Elle est un peu surélevée par rapport au niveau de la rue et possède une varangue tout en longueur. Une sorte de balcon couvert entouré de grilles, avec deux chaises et une sorte de téléphone qui à l’air d’être public.

Je n’ai jamais vu personne utiliser ce téléphone. Ici, tout le monde a un portable. Pas toujours du crédit, mais toujours un portable.

Devant la boutique, donc en contrebas, il y a un baby-foot où s’affairent des garçons insouciants. Je ne me suis pas renseigné, mais il me semble que les parties sont gratuites. Je n’ai jamais vu personne mettre une quelconque pièce dans la fente.



Hier, j’ai trouvé par hasard deux musiciens installés sous la varangue. Un joueur de gaboussi et un joueur de m’kayamba. C’était vraiment très sympathique. Il y avait des clients qui s’attardaient et accompagnaient la musique en battant des mains ou en improvisant des contre-chants à la mahoraise.

J’avais bien sûr des choses urgentes à faire, mais de telles occasions ne sont pas si fréquentes et qui sait ce que nous réserve la vie ? Alors je me suis attardé à la boutique moi aussi, puis j’ai fini par aller chercher mon gaboussi et ma caméra. Si bien que si vous cliquez sur le logo You Tube, vous verrez Komo et RFO en concert improvisé.


Komo et RFO devant une boutique à Cavani


Et si vous cliquez sur la photo ci-dessous, vous m’aurez en prime en vidéo.



Si vous êtes à Mayotte, vous pouvez entendre Komo et d'autres musiciens le vendredi soir et le samedi soir au Goûts des îles. Un nouveau restaurant de Cavani qui a remplacé le Vahiné. Le cuistot vient de la Réunion, on le voit tout de suite à sa façon de jouer du kayamb. Ce n'est pas cher et ils ont l'air accueillant. On me dit que c'est bon, tant mieux car je compte y manger dès que possible.